Influence
et démocratie
Par XAVIER DELACROIX
Président de l'AFCAP - Président de First & 42nd (Groupe Edelman)
Appréhender l'influence relève d'une gageure tout aussi improbable
que de dessiner le vent. Or les vents sont indispensables à
la bonne tenue du climat, tout comme l'influence à la démocratie.
Notre démocratie devenue complexe ne peut en effet rejeter l'évidence
des influences protéiformes qui s'exercent sur elle. Elle doit
surtout prendre conscience de la réalité de ces forces centripètes
et les regarder avec sérénité. C'est la garantie d'une véritable
démocratisation de la prise de parole et de la défense des intérêts.
Le recours à l'influence a pour objectif de montrer que l'intérêt
particulier a toutes les apparences de l'intérêt général ou
qu'il est compatible avec l'intérêt général. Influencer revient
alors à jouer sur l'effet de loupe, à coller le nez du décideur
sur ce morceau de mosaïque en lui expliquant que cette partie
est le tout, ou au contraire lui faire relever le visage en
tentant de le convaincre que le vrai décor c'est une fresque
et non le détail.
L'art de l'influence est un exercice suffisamment délicat pour
s'accommoder de méthodes qui le seraient trop. Aussi dès lors
qu'il s'agit de faire avancer une cause ou de freiner les ardeurs
d'une autre, les canaux de la conviction peuvent prendre des
chemins plus ou moins détournés.
Une des façons de convaincre son interlocuteur consiste à le
rémunérer qu'il s'agisse de corruption ou de facilitation payements.
Ce registre prend des formes moins "directes" via des opérations
dites de relations publiques alors qu'il s'agit ni plus ni moins
d'actes "commis" afin de créer ou d'entretenir un climat de
décision favorable à des intérêts particuliers.
Il y a aussi la forme plus physique d'exercice de l'influence.
Quand un groupe d'intérêt dispose, par la nature de ses activités
(transport routier, électricité, etc), d'une capacité de nuisance
forte à l'égard de l'activité économique, il peut l'utiliser
comme une menace ce qui constitue une forme d'usage de l'influence
tout à fait adaptée à la défense de ses intérêts.
La promotion d'intérêts particuliers se fait également par la
conviction et l'intelligence : mise en vitrine d'arguments concrets,
décents, honnêtes, portés par des individus respectables. L'exercice
de l'influence n'est pour autant pas désincarné, c'est-à-dire
que le même dossier, comportant les mêmes arguments ne connaîtra
pas le même sort selon les leviers qui seront activés, les personnes
sollicitées et les moyens employés.
Tout le jeu de l'influence revient à mettre au centre des hommes
qui tirent, contrent, défendent, attaquent. L'information pure
et parfaite n'existe pas. Elle ne vaut que par le traitement
et l'usage qu'en fait le destinataire, lui-même obéissant à
une rationalité qui n'est que subjective aux yeux de l'émetteur.
Le travail de la communication d'influence contribue non seulement
à défendre des intérêts particuliers, mais indubitablement,
à travers le processus d'éducation engagé, à nourrir un espace
public toujours plus demandeur de compréhension face à une complexité
perçue comme synonyme de déni de démocratie.
L 'AFCAP
L'Association Française des Conseils en Affaires Publiques est
constituée de professionnels qui contribuent à l'évolution,
au développement et à la pertinence du conseil en affaires publiques.
Son ambition est de constituer un vrai creuset de réflexion,
d'analyse et de prospective sur les affaires publiques conçues
dans une acceptation élargie, c'est-à-dire incluant l'ensemble
des disciplines qui confrontent la cité et les acteurs économiques.
L'AFCAP organise des rencontres, des matinées et dîners-débats
réguliers autour d'une personnalité ou d'une thématique particulière,
anime un site Internet - affairespubliques.com - et vient de
lancer une collection d'ouvrages sur des thèmes afférents au
domaine des affaires publiques.
Elle organise un colloque le 20 octobre à Sciences-Po intitulé
"Influencer la démocratie ou démocratiser l'influence ?",
thème qui sera repris dans un ouvrage éponyme à paraître fin
octobre. Renseignements au 01 56 69 73 92 ou info@affairespubliques.com