Vu par… Jean Sivardière
Président de la Fédération Nationale des Associations d'Usagers de Transports (FNAUT)
Un argument souvent avancé par les syndicats pour s'opposer
à une réforme du droit de grève est que dans les faits un service
minimum existe déjà, le trafic n'étant jamais totalement interrompu.
Que cela vous inspire-t-il ?
Il faut établir une distinction très claire entre les services
de transports à caractère commercial et les transports du quotidien,
utilisés par les travailleurs, qui relèvent du service public.
Dans le premier cas, il existe dans les faits une forme de service
minimum, par exemple pour les dessertes entre les grandes villes.
Mais ce faible service s'avère complètement inutilisable faute
d'informations claires à destination des voyageurs. Fiabiliser
l'information sur le service résiduel serait un premier pas.
En ce qui concerne les services quotidiens, il peut bien y avoir
un RER sur deux ou un métro sur trois, cela reste un problème,
car la plupart des lignes sont déjà à la limite de la saturation
aux heures de pointe. Dans ces conditions, 30% des RER n'est
pas un service acceptable !
Ce que veulent les usagers, c'est le maintien d'un trafic normal
aux heures de pointe en période de grève, et non le pseudo service
minimum que brandissent les syndicats.
Quel est votre objectif dans ce débat ?
Nous visons un compromis entre le droit de grève et le droit
au transport. Le droit de grève inscrit dans la Constitution
est bien différent de celui qu'on voit aujourd'hui défendu par
les syndicats. Il doit s'exercer dans le cadre des lois qui
le réglementent, ce qui signifie qu'il n'est pas absolu. Le
droit au transport est pour sa part inscrit dans la Loi d'Orientation
des Transports Intérieures, c'est-à-dire la loi Fitterman de
1982, notamment grâce à l'action de notre Fédération à l'époque.
Pour concilier les deux, il faudrait une table ronde qui permettrait
de dégager un consensus.
Pourquoi les syndicats défendent-ils une position si rigide
? D'où vient cette difficulté à réformer le droit de grève ?
Les syndicats sont crispés sur la défense d'une situation acquise
qui peut se comprendre. La collectivité n'offre pas d'ambitions
aux transports publics. Le gouvernement supprime les subventions
pour les transports urbains, il ne désendette pas le système
ferroviaire, ferme des gares, supprime des trains… Difficile
de faire fonctionner le dialogue social dans ces conditions
car les syndicats ont l'impression que tout est à sens unique.
Il y a évidemment aussi une part de conservatisme.
Du côté des usagers, nous avons bien senti depuis une dizaine
d'années une exigence beaucoup plus forte sur la fiabilité du
service public, qui est sans doute dû au fait que ce dernier
est de plus en plus nécessaire à ses utilisateurs. Nombreux
sont ceux qui n'ont pas de voiture, et en cas de grève le risque
de licenciement ou de baisse de salaire pour ceux qui ne peuvent
se rendre à leur travail est aujourd'hui une réalité avérée.
Ensuite, même pour ceux qui ont un véhicule, les axes périurbains
sont tellement saturés qu'il est devenu préférable de prendre
les transports en commun.
Ensuite, il faut bien se rendre compte du fait que la parole
n'est quasiment jamais donnée aux usagers. Prenons le cas de
la commission Mandelkern. Elle ne comportait aucun usager. On
m'a confié que personne n'y avait pensé, et je n'ai moi-même
été reçu en tant que représentant des usagers qu'au moment où
la commission rédigeait ses conclusions ! Un compromis est possible,
mais à condition que toutes les parties soient consultées et
fassent des concessions.