Vu
par… François Chérèque, Secrétaire
général de la CFDT
Vous avez appelé à la concertation au sein des entreprises.
Y fixez-vous des limites ?
Le débat lancé sur la continuité du service public offre l'opportunité
de changer profondément la nature des rapports sociaux dans
les entreprises concernées. Il s'agit de passer d'une culture
du conflit à une culture de la négociation et de recherche du
compromis. Ce n'est pas monnaie courante dans les grandes entreprises
publiques. On fait grève d'abord, on négocie après. La concertation
à laquelle j'appelle porte sur la mise en place d'accords de
prévention des conflits, à l'instar de ce qui se pratique depuis
huit ans déjà à la RATP. Dans ces négociations, syndicats et
directions doivent se donner les moyens d'identifier les sources
de conflits et fixer un calendrier pour tenter de les désamorcer.
Au terme de cette procédure, il peut y avoir accord et on évite
la grève, ou constat de désaccord et le droit de grève s'exerce.
Libre aux partenaires sociaux de l'entreprise d'organiser les
modalités de l'exercice du conflit dans ces accords, s'ils le
souhaitent.
Le système d'alarme sociale a fait reculer le nombre de jours
de grève par six à la RATP. Si l'on veut prendre en compte l'intérêt
des usagers, et c'est notre cas à la CFDT, un bon accord suivi
d'effets est plus efficace qu'une loi.
Si la négociation échoue, que risque-t-il de se passer ?
Le fait même qu'une négociation s'engage implique un changement
d'état d'esprit et c'est déjà un progrès. J'appelle les Directions
mais aussi, les organisations syndicales à prendre leurs responsabilités.
Sinon, elles prennent le risque de l'instauration d'une loi
sur le service minimum. Ce serait une occasion manquée pour
le dialogue social et cela renforcerait le camp de tous ceux
qui pensent que les problèmes sociaux ne peuvent se résoudre
que par le conflit ou par la loi.
Quels sont pour vous les dangers présentés par l'actuel débat
sur le service minimum ?
Il y a certes le risque immédiat d'un conflit majeur dans ce
secteur. Mais si le débat se limite à la mise en place d'un
service minimum instauré par la loi, la question de la continuité
du service publique ne sera pas réglée au fond. Dans la pratique,
qui serait en capacité de faire appliquer les propositions du
rapport Mandelkern ou un quelconque service minimum en cas de
conflit majeur comme nous en avons vécus en 1995 par exemple?
Le plus grand risque de ce débat, c'est l'exacerbation de positions
simplistes sans se poser la véritable question : Quel est le
moyen le plus efficace d'assurer sur le long terme, la continuité
du service public ? Pour la CFDT, c'est le dialogue social !