Un
français à la tête de l'Assemblée
parlementaire de l'OTAN
L'Alliance atlantique est aujourd'hui au coude à coude avec
l'Union européenne dans sa phase d'élargissement. Prise entre
les Etats-Unis qui considèrent l'élargissement comme un élément
de stabilisation du monde et de lutte contre le terrorisme,
une Europe qui ne veut pas voir l'Alliance inféodée à une superpuissance
fixant seule ses objectifs et des pays de l'ex-bloc soviétique
qui considère l'OTAN comme un ticket d'entrée dans l'Union européenne,
les partenaires de l'Alliance sont contraints à l'équilibrisme.
Au centre de la réflexion permanente menée par les membres de
l'Organisation, l'Assemblée Parlementaire de l'OTAN, qui fêtera
son cinquantenaire l'an prochain. Forte de ses 280 députés et
sénateurs représentants les 26 pays membres, elle se structure
autour de la Commission permanente, composé du président, des
vice-présidents, des chefs de délégation et de Commissions,
ainsi que du trésorier et des anciens présidents.
C'est ce cénacle d'une soixantaine de personnes qui prend les
décisions stratégiques, lesquelles sont soumises au vote des
parlementaires lors d'une des deux réunions plénières annuelles
de l'Assemblée. En son sein cohabitent aujourd'hui plusieurs
courants incarnant chacun un futur possible de l'Alliance. Difficile
tâche donc pour le président de cette Assemblée que d'exprimer
la position des parlementaires. A partir de novembre, c'est
à un français qu'incombera, puisque c'est le député Pierre
Lellouche (UMP, Paris) qui doit succéder à l'américain Douglas
Bereuter, selon les règles complexes de cette présidence
tournante. La Revue Parlementaire s'est entretenue avec Pierre
Lellouche de ce qui l'attend en tant que président de l'Assemblée
Parlementaire de l'OTAN pour les deux prochaines années.
L'OTAN occupe en partie le devant de la scène internationale,
notamment dans le cadre de la question irakienne. En tant que
président de l'Assemblée Parlementaire de l'OTAN quel va être
votre rôle ?
L'Assemblée à un rôle purement consultatif. Elle peut voter
des résolutions et donner une température de la base des parlementaires,
et j'ai à sa tête naturellement vocation à mener une réflexion
sur le devenir de l'Alliance. Mais c'est un sujet dont pas plus
moi que les parlementaires nous n'avons l'exclusivité. Concernant
mon ascension à la présidence, il est intéressant que le choix
soit porté sur un français. En 50 ans d'existence l'Assemblée
n'a eu que deux présidents français, le dernier il y a plus
de 20 ans en la personne de Loïc Bouvard (UMP, Morbihan). Cela
n'allait pas de soit dans le climat franco-américain de ces
derniers mois. Le choix d'un français montre que la composante
"défense européenne" est intégrée par nombre de mes collègues
et que le système de l'Alliance n'est pas rigide. Mon élection
a eu un certain écho en France, auquel je ne m'attendais pas.
La perception de l'Alliance change également.
Quels sont les grands chantiers de l'OTAN ?
Après avoir relevé le défi de la guerre froide qui était
à l'origine de sa création, l'OTAN, notamment au travers de
ses parlementaires, a joué un rôle d'accompagnement démocratique
crucial des nouveaux Parlements des pays de l'Est. Ce travail
continue avec les pays observateurs comme l'Ukraine et la Biélorussie,
et le dossier des Balkans fait évidemment partie de cette "
deuxième étape " au titre de la stabilisation des zones de conflits
en Europe. L'élargissement de l'Alliance n'est pas une fin en
soi, et dans les années à venir, plusieurs défis sont à relever.
Le plus important d'entre eux est de maintenir de bonnes relations
entre l'Europe et le monde arabo-musulman C'est la quintessence
du problème stratégique majeur du 21ème siècle. Ce monde va-t-il
évoluer en opposition avec nous ou allons-nous nous réconcilier
?
Comment va évoluer la position de l'OTAN par rapport à l'ONU ?
La question du "hors-zone" a été tranchée sur la vase d'un constat
: Ne pas sortir de la zone géographique déterminée par sa mission
initiale condamnait l'OTAN à péricliter. Aujourd'hui l'Alliance
est en Afghanistan et commande l'ISAF, et devrait assurer, depuis
Istanbul, la formation des forces de sécurité de la future armée
irakienne. Les missions hors-zone sont pour l'instant des missions
de stabilisation, de rétablissement de la paix ou d'humanitaire
que l'ONU, faute de bras armé, ne remplir pas. L'OTAN le peut,
à condition que ce soit dans le cadre des résolutions de l'ONU.