Renouer le dialogue avec la société civile constituait l'un
des paris les plus ambitieux de la "nouvelle donne" annoncée
par le président Luiz Iñacio Lula. Mission accomplie ? C'est
ce qu'a analysé Yann Duzert, professeur à la Fondation Getulio
Vargas, à l'Institut de Recherche et d'enseignement sur la négociation
en Europe de l'ESSEC - IRENE lors d'une conférence intitulée
"Comment la bonne gestion des négociations accompagne le
mouvement de réformes au Brésil" qui s'est tenue le 16 juin
2004 en partenariat avec l'IHEAL (Institut des Hautes Etudes
de l'Amérique Latine) et la Revue Parlementaire.
Si en Europe ce sont surtout des réformes comme le programme
"faim zéro" ou la réforme agraire qui ont été médiatisées,
la création de mécanisme politiques de participation de la société
civile représentait un des points les plus originaux du programme
de Lula. Cette volonté a trouvé son aboutissement dans la création
du CDES (Conseil de Développement Economique et Social) dirigé
par le ministre d'Etat Tarso Genro Cette structure était
chargée d'une double mission : jouer un rôle d'organe consultatif
pour le Président de la République, mais aussi favoriser le
consensus entre des parties aux intérêts antagonistes dans le
but de mieux faire passer ces réformes.
Imprimer une nouvelle orientation au débat politique...
L'enjeu était de taille : dans cette société contrastée où certains
groupe (Mouvement des Sans-Terre, syndicats ouvriers) mettaient
à mal la légitimité des gouvernements depuis les années 1970,
la menace de sombrer dans un état de dissension où plus aucune
réconciliation n'aurait été possible pesait lourdement. Qu'on
regarde du côté de la Colombie ou de la Bolivie… Ainsi le gouvernement
Lula entendait rompre avec la vision de Cardoso qui percevait
la société civile comme un éternel empêcheur de tourner en rond.
Pour Lula, il ne s'agissait en fait de rien de moins que de
parvenir au niveau de l'Etat au modèle de démocratie participative
existant déjà et à niveau local à Sao Paulo et à Porto Alegre.
Et concrètement...
Le CDES a pour vocation de cartographier l'opinion publique
brésilienne. Y siègent donc des représentants des syndicats
patronaux, de travailleurs, des Eglises, des ONG, des entreprises,
des milieux de la finance… Ensuite, pour favoriser le brainstorming,
on a cherché à créer des valeurs communes autour d'espaces informels
de sociabilité comme les barbecues… Yann Duzert a mis en lumière
combien, dans la culture brésilienne, la gestion des émotions
était importante pour favoriser la négociation.
Le CDES, "cheval de Troie" du gouvernement ?
La question de l'instrumentalisation d'un tel organe a été soulevée
très judicieusement par le politiste Jean-François Deluchey,
chargé de cours à l'IHEAL. En effet, en dépit des bonnes intentions
affichées, comment déterminer si le rôle du CDES n'est pas de
museler la société civile ? Le CDES n'est-il pas destiné à tuer
dans l'œuf les critiques les plus virulentes à l'égard de la
réformes ? Un autre problème est posé par la représentativité
de ce type de structure : il est assez paradoxal que les membres
du CDES, invités par le président, jouissent d'une légitimité
presque plus importante que les élus du peuple.
Toutefois, en dépit des réserves qu'à suscitées le CDES, Yann
Duzert a rappelé que beaucoup ont salué cette volonté de
créer un grand pacte national, incarnée par la figure emblématique
du président Lula.
A noter
Les parlementaires nationaux font entendre leur voix dans le
débat sur la régulation économique mondiale. Au lendemain de
la conclusion de la IXème Conférence des Nations Unies pour
le Commerce et le Développement (CNUCED) qui s'est tenue à Sao
Paulo (Brésil), les quatre sénateurs français présents, à savoir
Jean Bizet (UMP - Manche), Christian Gaudin (UG
-Maine-et-Loire), Daniel Raoul (Soc - Maine-et-Loire)
et Odette Terrade (CRC - Val-de-Marne) se sont félicités
du lancement de négociations commerciales entre pays du Sud,
en complément des négociations mondiales. Jean Bizet,
président du groupe de travail OMC au Sénat, a rappelé l'importance
d'un traitement équitable des politiques agricoles entre l'UE
et les Etats-Unis et la nécessité d'une meilleure protection
des indications géographiques qui valorisent l'origine des produits.