"Nous vons notre vision d'une Europe influente, équilibrée et prospère"
Un entretien avec S.E.M. Andres Talvik, Ambassadeur d'Estonie en France
Depuis votre adhésion à l'UE en mai, quel est
votre sentiment sur cet évènement historique ?
Lorsque l'Estonie a signé en 1995 son Accord d'association
avec l'Union Européenne, peu de gens en Europe osaient
croire qu'en moins de dix ans nous serions dans "la famille".
Nous venons de connaître notre première croissance
positive après trois ans de crispation de notre économie
car il a fallu réorienter d'une façon presque
totale tout notre commerce extérieur et les liens économiques,
noués pendant un demi-siècle au système
soviétique. Le pays n'était qu'au début
de son redressement. Malgré tout, depuis 1991, l'adhésion
à l'Union européenne a été le programme
politique de nos gouvernements. C'est ainsi qu'après
quatre ans et demi des négociations et d'un travail législatif
très intense, le sommet de Copenhague de 2002 nous a
"qualifié" et nous avons signé le Traité
d'adhésion le 16 avril 2003 à Athènes.
Ceci dit, c'est à la fois un sentiment de fierté,
de satisfaction et de responsabilité que j'éprouve.
Fierté et satisfaction, car nous avons atteint notre
premier but ; responsabilité, car depuis, la construction
de l'Europe - c'est aussi à nous d'y contribuer.
Pour votre pays, qu'attendez-vous de cette adhésion ?
Il est évident qu'un pays dont la population dépasse
à peine celle de la population de la ville de Lyon, ne
peut pas s'isoler et essayer de réussir tout seul. Afin
de nous développer, il nous fallait un meilleur accès
au marché communautaire, devenu rapidement notre marché
principal. L'adhésion à l'Union ouvre aux entreprises
estoniennes les mêmes possibilités qu'à
celles des anciens pays membres.
C'est aussi un intérêt politique car jusque là
- pour que nos marchandises soient concurrentielles au marché
- il nous a fallu appliquer des directives communautaires sans
pouvoir influencer le processus de leur élaboration.
L'adhésion nous donne désormais l'accès
aux discussions. Nous avons notre vision d'une Europe influente,
équilibrée et prospère que nous voulons
réaliser.
Et ce qui n'est pas le moins important - l'adhésion ouvre
de nouvelles possibilités à nos jeunes pour faire
leurs études dans les universités européennes
ainsi qu'à nos scientifiques qui peuvent mieux participer
aux programmes communautaires de recherche.
Comment allez-vous concilier votre adhésion à
l'UE et les liens avec votre voisin russe ?
Je ne vois pas très bien ce que nous allons concilier.
La Russie était l'un des premiers pays à reconnaître
l'indépendance de l'Estonie en août 1991 et avec
cela, notre droit souverain d'adhérer aux organisations
et unions internationales. Plus particulièrement, la
Russie ne s'est pas opposée à l'adhésion
de l'Estonie à l'Union européenne.
Nous avons de bonnes relations, pragmatiques et constructives,
avec la Russie et comme toute l'Europe, nous sommes intéressés
que la Russie soit stable, démocratique et prospère.
A cette fin, nous voulons contribuer au développement
démocratique de notre grand voisin. Le fait que la frontière
entre la Russie et l'Estonie soit désormais la frontière
de l'UE n'implique aucun changement de régime de visas,
similaire à celui de Schengen et appliqué par
l'Estonie depuis 2000. L'élargissement de l'Accord de
partenariat et de coopération aux 10 nouveaux pays membres
a, entre autre, fait disparaître le régime douanier
discriminatoire appliqué par la Russie aux marchandises
estoniennes et de ce fait, nos relations ne peuvent que s'améliorer.