Si l'Europe politique donne parfois l'impression de faire du
sur place, l'Europe de la recherche peut se targuer d'être plutôt
active et efficace. Récemment, ses travaux en Antarctique ont
laissé entrevoir la possibilité de grandes avancées en climatologie.
Explications.
"Lorsque les chercheurs européens collaborent, leur supériorité
est incontestable". Philippe Busquin, membre de la
Commission Européenne en charge de la recherche ne cache pas
sa fierté devant le travail accompli par le projet EPICA, ni
sa conviction que l'union des compétences de ses chercheurs
qui fera la force de l'Europe scientifique. EPICA (European
Project for Ice Coring in Antartica), programme ayant pour but
d'opérer des carottages profonds en Antarctique pour le climat
passé de la planète et pouvoir recueillir des données utilisables
pour une modélisation et des prévisions de son évolution, est
un programme européen à plusieurs titres. D'une part il a été
mis sur pied par la Fondation Européenne de la Science, et d'autre
part, il bénéficie d'un très fort soutien des Communautés Européennes,
qui assurent près de 40% du budget. Ainsi, des chercheurs de
10 pays européens ont foré la calotte glaciaire de l'Antarctique
à 3 kilomètres de profondeur pour ramener à la surface une carotte
de glace de 740.000 ans. Véritable mémoire du climat de la planète,
cet échantillon a conservé la trace des variations de températures
et des concentrations de gaz et de particules dans l'atmosphère.
Une recherche de pointe
Les analyses, en révélant que la Terre a connu huit périodes
glaciaires durant ces 740 000 dernières années, et huit périodes
plus chaudes, ont d'ores et déjà permis une meilleur compréhension
du climat. "Grâce aux programmes de recherche de l'Union
Européenne, les chercheurs européens peuvent travailler ensemble
et être à l'avant-garde de la science, dans le domaine du changement
climatique comme d'autres secteurs de la recherche" explique
Philippe Busquin. Cela permet également, et ce n'est
pas là le moins important, de confirmer que l'influence de l'homme
sur le climat est une réalité tangible, et que ses activités,
qui étaient moins importantes dans le passé, "pourraient
modifier de manière significative l'avenir du climat". Le
travail des chercheurs de l'Union Européenne devrait se poursuivre
au moins jusqu'à la fin de l'année pour atteindre les roches
se trouvant à la base de la carotte glaciaire. Ils devraient
alors atteindre des glaces de plus de 900.000 ans.