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Alain Suguenot, Député-Maire de Beaune
Quel avenir pour le vin dans notre société ?
Treize ans après la vote de la loi Evin, le débat sur la
place du vin dans notre société resurgit. Ces vingt dernières
années ont en effet été marquées par l'affirmation d'une attitude
inédite reposant sur la culpabilisation systématique de ce qui
constitue pourtant notre culture et notre patrimoine.
Alors que le monde entier considère que la carte des vins de
France représente en quelque sort la carte nationale d'identité
française, nous semblons avoir honte d'une des composantes fortes
de notre identité française, nous semblons avoir honte d'une
des composantes fortes de notre identité.
Un véritable courant prohibitionniste est en train, petit à
petit, de détruire l'un des fleurons de nos traditions et de
notre économie. La multiplication des mentions obligatoires
et des débats sur le vin dans notre pays jette même un certain
discrédit à l'étranger sur nos productions. Dieu sait pourtant
combien le vin contribue à nos performances en matière de commerce
extérieur. 50% de l'excédent commercial l'agricole résulte en
effet des performances de notre viticulture.
Il n'en reste pas moins qu'aujourd'hui, nous sommes confrontés
à un double problème.
De manière urgente, on s'aperçoit, depuis quelques années déjà
que la loi de 1991, qui devait soi-disant protéger les plus
jeunes contre l'alcoolisme aboutit souvent au résultat inverse.
Cette loi permet en fait de favoriser la communication des marques
internationales d'alcools forts, aux moyens financiers considérables.
Cet alcoolisme standardisé du week-end, autrefois confiné au
nord de l'Europe, fait des adeptes dans les pays jusque là protégés
par la démarche de qualité et les habitudes gastronomiques du
pays du sud.
Le 6 janvier, le Tribunal de Grande Instance de Paris, en interprétant
de manière restrictive la loi Evin a condamné la campagne promotion
du Bureau Interprofessionnel des Vins de Bourgogne. Ce faisant
il a clairement indiqué que la promotion collective des vins
de qualité est rendue impossible par la loi de 1991. En effet,
la loi Evin n'autorise que 10 types d'information, dont 5 sont
inapplicables aux promotions collectives.
Le nom du fabricant, la représentation du conditionnement, les
modalités de vente, les distinctions obtenues et enfin l'indication
du degré.
La loi ne permet pas non plus de rappeler qu'un produit d'origine
contrôlé est légalement le fruit de facteurs naturels et humains
qui déterminent sa spécificité dont les caractéristiques sont
illustrées par l'analyse sensorielle qui garantit la consommation
modérée.
Il existe donc une prohibition de fait pour la promotion collective
d'une consommation modérée d'alcool.
Cette contradiction essentielle nous oblige à adapter la loi
Evin si nous voulons, selon les termes du Premier Ministre,
"éviter l'interdit et répondre à une politique de prévention".
Le but du texte adopté le 5 mai dernier au Sénat est simple
et limité : il s'agit simplement de permettre au interprofessions
des vins de qualité (AOC et IGP) de réaliser des campagnes de
promotion collective de leurs produits tout en respectant les
mentions obligatoire et les appels à la modération résultant
des objectifs de santé publique. Il est donc abusif, inexact
et démagogue de parler de détricotage de la loi Evin, de sortie
du vin de la loi ou d'abandon des objectifs de santé publique.
A moyen terme se pose la question de la place du vin dans notre
société et le message que nous devons donner aux jeunes viticulteurs
pour leur dire si oui ou non il y a un avenir pour leur profession.
Il apparaît pour certains que la diabolisation du vin remplace
toute sensibilisation à une consommation intelligente.
Conscient de la nécessité de repenser notre politique de prévention
de l'alcoolisme en tenant compte des évolutions enregistrées
depuis 15 ans (hausse de la consommation d'alcool, chute de
la consommation du vin, développement d'une consommation d'alcools
forts et de premix chez les jeunes), Jean-Pierre Raffarin a
demandé aux parlementaires des groupes d'études viticoles de
l'Assemblée et du Sénat de réfléchir sur la place du vin dans
notre société. Quatre groupes de travail*, rassemblant les élus
du monde viticole, les professionnels de la viticulture, les
professionnels de la santé, les représentants des ministères
de l'Agriculture, de la Santé et de l'Education Nationale, la
Prévention Routière ont été constitués avec pour mission de
rendre un Livre blanc pour la fin du mois de juin. Livre blanc
qui prend en compte l'ensemble des enjeux économiques, sanitaires,
sociaux, culturels et environnementaux liés à la viticulture.
L'objectif de ces groupes de travail n'est pas, contrairement
à une idée fausse, de casser la loi Evin et de revenir à la
situation antérieur à la loi 91-32. Il s'agit bien au contraire,
de trouver un équilibre entre les impératifs indéniables de
santé publique et de développement harmonieux d'un secteur leader
à l'export représentant 300.000 emplois directs et 500.000 emplois
indirects.
* Les thèmes de réflexion, formation et éducation, vin et santé,
communication et modération, économie, promotion et communication.
Sollicité à plusieurs reprises, Claude Evin (SOC-Loire Atlantique),
auteur de la loi du même nom, n'a pas souhaité répondre à nos
questions.