Moderniser
la vie politique française : des hauts et débats
Le député Jérôme Chartier s'est
mesuré aux membres de l'association ETHIC (Entreprises
à Taille Humaine et de Croissance) lors d'un débat
musclé à l'Assemblée Nationale le 7 juin.
Les 15 propositions pour "moderniser la vie politique
française" présentées par le jeune
député du Val d'Oise n'ont pas toujours convaincu
une audience qui ne s'en laisse pas facilement conter.
En finir avec la longue marche du bon godillot en politique
n'est pas une mauvaise idée. Celle de faciliter l'insertion
des homes du secteur privé dans la vie politique est
un projet séduisant et nécessaire. C'est pour
remédier aux difficults et scléroses ordinaires
de la vie politique française que le Groupe d'Etudes
sur la Modernisation de la Vie Politique (GEMVP) s'est constitué.
Statut de "salarié protégé"
Une histoire symbolique, médiatique aussi, de 21 avril
; celui de 2002, dont le choc justifia un an plus tard la création
du rudement nommé GEMVP. Celui de 2004 enfin, date finement
choisie pour dévoiler les 15 propositions censées
contrer les futures velléités extrémistes
des citoyens français. Et en finir avec la "crise
de la représentation" que l'on connaît.
C'est donc avec fierté que Jérôme Chartier,
Président du Groupe, a présenté son bébé
aux "vieux routiers" d'ETHIC que l'on n'attendrit
pas si facilement. Certaines idées ont trouvé
grâce auprès de l'audience : inscrire, pour s'y
retrouver et gagner en efficacité, le nombre et les compétences
des ministres dans une loi organique, ou encore établir
un "spoil system" à la française.
Mais la mention d'un statut de "salarié protégé"
dont pourraient bénéficier les hommes d'entreprise
devenus élus nationaux ou locaux a provoqué un
coup de chaud dans la salle. Le salarié serait protégé
durant son mandat et six années après, à
la manière d'un délégué syndical,
afin de pouvoir concilier carrière professionnelle et
engagement civique. Sophie de Menthon, Présidente d'ETHIC,
n'a pas manqué d'exprimer son désaccord avec bruit
et fureur, comme si le salarié n'avait pas assez de droits
comme ça. Une idée du GEMVP qui mérite
néanmoins réflexion, puisqu'elle vise à
rapprocher le monde du travail des organes représentatifs.
Un membre d'ETHIC souligna que si l'entreprise pouvait respecter
ce principe de salarié protégé, elle n'avait
pas non plus à payer ledit élu pour son engagement
politique en lieu et place de l'Etat. La virulente présidente
d'ETHIC s'en pris ensuite plus légitimement à
l'inclination outrancière qu'ont les parlementaires à
produire des textes de lois interminables et jamais appliqués.
Mais concernant la lutte contre l'inflation législative,
le député Chartier était paré. L'une
de ses 15 propositions veut consacrer une partie des sessions
du Parlement au contrôle de l'application des lois et
à leur simplification.
Inflation législative
Vint bientôt la rémission de notre jeune député
quelque peu harcelé. L'Assemblée d'ETHIC en finissait
presque avec ses dérangeantes questions. Pourquoi la
composition sociologique des parlementaires et des élus
locaux est-elle si uniforme ? Les hommes politiques ne devraient-ils
pas se pencher sur les raisons d'une sociologie des élus
qui a tout du phénomène de l'endogamis ? Si les
élus sont de manière écrasante issus du
service public, n'est-ce pas moins la faute à l'entreprise
et à l'absence actuelle de statut de "salarié
protégé" qu'à un prodigieux corporatisme
?
Marginalisation des hommes de l'entreprise
La réflexion ne souffrit pas véritablement d'objection.
Halte à la marginalisation des hommes de l'entreprise
! Voilà qui fut une belle fin pour l'une des réunions
agitées du groupe ETHIC. L'objectif des 15 propositions
du GEMVP est de lancer un débat autour de la modernisation
de la vie politique française. On aimerait que ces propositions
soient vouées à provoquer davantage d'action que
de discussion. En tout cas, avec ETHIC, Jérôme
Chartier s'est (dé)battu comme un beau diable.