Réforme de la PAC, sécurité alimentaire, autant d 'éléments qui suscitent souvent des inquiétudes chez les agriculteurs français. Mais ces débats sont aussi révélateurs de doutes qui agitent en lame de fond le monde agricole : Comment assurer la rentabilité future du métier d'agriculteur ? Les agriculteurs devront-ils exercer une profession complémentaire ? Le métier va-t-il souffrir d 'une crise des vocations ?
Autant de questions délicates soulevées lors des 4èmes rencontres parlementaires sur l'agriculture, le 5 mai 2004. Les intervenants, issus de la classe agricole, du monde de la recherche, de l'industrie agroalimentaire ou de la classe politique, ont contribué à enrichir un débat encore loin d'être clos.
A l'heure des 35 heures, de la société de loisirs et de l'exacerbation
des valeurs urbaines, n'est-il pas indéniable que les agriculteurs
souffrent d'une marginalisation croissante ? La diminution de
la population active pousse également à s'interroger sur l'avenir
de ce secteur. Notons que les agriculteurs de moins de 40 ans
sont de moins en moins nombreux : 199 155 au dernier recensement
en 2000, contre 263 319 en 1988. Et face au délitement de la
transmission inter-générationnelle des professions, qui voudra
encore être agriculteur demain ? Mais c'est surtout la nouvelle
PAC qui cristallise toutes les angoisses ne va-t-elle pas conforter
la rente de certains agriculteurs au détriment des zones les
plus fragiles ?
La grande diversité des campagnes françaises
Or les clichés d'un monde rural en voie de disparition masquent
la grande diversité des campagnes françaises et les bouleversements
qui les agitent. Dans son discours d'Ussel en avril 2002, le
Président de la République avait souligné que "la
vérité du monde rural reste mal connue". Il est vrai qu'il
souffre d'une image monolithique, alors que les campagnes françaises
présentent mille visages, des espaces ruraux en déclin aux campagnes
périurbaines à forte densité de population. Et certaines zones
sont en réelle mutation…. Autre évolution significative : alors
que dans les années 1980 l'obsession était celle de la productivité,
les années 1990 ont été le témoin d'une nouvelle prise de conscience
: les activités agricoles peuvent avoir des conséquences néfastes
sur l'environnement : Comme l'a souligné Michael Pragnell,
PDG de Syngenta Global, les efforts s'orientent désormais vers
la recherche de la sécurité alimentaire et du développement
durable.
De fait, les pouvoirs publics cherchent à encourager ces mutations
et à restaurer l'attractivité du métier d'agriculteur comme
l'indique le récent projet de loi "en faveur du développement
des territoires ruraux", voté en première lecture à l'Assemblée
le 30 janvier 2004. Mesures en faveur du développement économique,
du logement, de la pluriactivité et de l'accès des publics aux
services (les campagnes souffrent d'une pénurie d'offre de services
médicaux) : Hervé Gaymard a voulu mettre à la disposition
des ruraux une large palette d'outils répondant à la pluralité
des territoires.
L'esquisse d'une nouvelle ruralité
La loi représentera-t-elle un signal politiques suffisamment
fort à l'égard des agriculteurs ?
Mais l'avenir des campagnes n'est plus seulement lié au secteur
primaire : une nouvelle ruralité s'esquisse, les activités se
diversifient au-delà de la seule fonction de production agricole
: tourisme, agrotourisme (les campagnes accueillent en moyenne
35 à 40% des touristes français) et fonction résidentielle pour
les campagnes péri-urbaines. Aujourd'hui ce sont bien les secteurs
secondaires et tertiaires qui fournissent aux bassins de vie
ruraux le plus grand nombre d'emplois. C'est donc une approche
globale qui doit désormais prévaloir .
Clotilde Riotor
A noter
La Commission européenne a mis fin, mercredi 19 mai, à un moratoire
de plus de 5 ans sur les Organismes Génétiquement Modifiés.
Elle a en effet autorisé, pour la première fois depuis 1999,
l'importation dans l'Union européenne du maïs "BT-11"de la firme
suisse Syngenta, produit qui ne sera pas cultivé dans l'UE,
mais destiné à la consommation humaine.
Faute d'accord entre les États membres, c'est la Commission
qui a dû assumer la responsabilité politique de lever le moratoire.
Cette décision a provoqué un tollé chez les associations de
consommateurs et écologistes anti-OGM, à l'instar de la Confédération
paysanne, des Amis de la Terre ou de Greenpeace.