Il y a quelques semaines, la France célébrait, dans la discrétion,
le droit de vote accordé aux femmes. Au même moment, la délégation
du Sénat aux droits des femmes et à l'égalité des chances entre
les hommes et les femmes, présidée par Gisèle Gautier (UC -
Loire-Atlantique) rendait son rapport annuel d'activité consacré
au thème de "la mixité dans la France d'aujourd'hui"*.
"Donner du sens à la mixité" tel est le principal message
de ce rapport, car "en dépit du large consensus dont elle
fait l'objet, la mixité depuis quelques années, a parfois semblé
contestée, de fait ou pour des raisons de principe, que ce soit
à l'école, dans les activités sportives ou à l'hôpital".
Avant de formuler ses 16 recommandations, le rapport de la délégation
s'est attaché à mettre en évidence l'idée que la mixité, "si
elle est une réalité qui s'impose aujourd'hui avec la force
de l'évidence, elle n'en est pas moins un phénomène historique
relativement récent et dont les enjeux sont paradoxalement passés
largement inaperçus" rappelle Gisèle Gautier. La
mixité est donc un phénomène récent qui s'est généralisé "sans
même qu'on y prête attention".
La mixité n'est pas l'égalité
Le rapport décrit alors les différentes étapes de la mixité
qui a d'abord été vécue dans les activités de loisirs avant
d'être introduite à l'école. Mais "la véritable mixité est
l'oeuvre de la Vème République : elle se généralise pendant
les années 60" précise le rapport. A la fin des années 60,
presque toutes les écoles primaires sont mixtes mais il faut
attendre les décrets d'application du 28 décembre 1976 de la
loi dite "Haby" du 11 juillet 1975 pour que la mixité soit rendue
obligatoire dans l'enseignement primaire et secondaire. Autre
thème abordé par le rapport, l'idée que "la mixité n'est
pas l'égalité". Gisèle Gautier relève que "des
stéréotypes sexués persistants peuvent même aboutir à accentuer
les différences de genres". Pour la délégation, cela est
flagrant à l'école où "la mixité n'a pas empêché la ségrégation
sexuée des études, à la fois par disciplines et par niveaux"
et dans le sport où les "pratiques sportives sont fortement
sexuées" et dans lequel les femmes n'ont qu'une place réduite.
Autrement dit : le rugby aux hommes et la danse aux femmes.
Une contestation insidieuse de la mixité
Aussi, pour la délégation, il convient de rester vigilant "car
la mixité peut être contestée". Une contestation plus ou
moins indirecte "voire insidieuse" que l'on retrouve
dans la vie sociale des "cités", à l'école, dans le sport
et à l'hôpital. Dans chacun de ces cas, des exemples récents
et de plus en plus nombreux démontrent l'acuité de cette réflexion.
Le rapport s'interroge par exemple sur la remise en cause de
la mixité à l'hôpital. Il met en doute la spontanéité de certains
comportements "qui dissimulent une volonté de tester les
réactions du centre hospitalier à des demandes de soins selon
des modalités particulières, fondées sur des convictions plus
politiques que véritablement religieuses". Au fond, il s'agit
de lutter "contre le grignotage de la mixité". C'est
pourquoi la délégation a formulé 16 recommandations qui tendent
à donner du sens à la mixité. Parmi celles-ci on note notamment
la nécessité de consacrer par la loi la mixité à l'école, l'introduction
d'une disposition législative prohibant les discriminations
sexistes à l'hôpital ou encore l'utilisation égale pour tous
des équipements sportifs publics ou subventionnés.
Une des pistes de réflexion de ce rapport consiste à proposer
l'aménagement de moments de pause afin de faire "respirer"
la mixité. Cette respiration permettrait de prendre le recul
nécessaire à une réflexion sur la manière de faire de la mixité
un outil pédagogique plutôt qu'une situation subie. "Elle
pourrait prendre la forme de quelques heures de cours séparés,
dans certaines disciplines" est-il écrit. Dans le domaine
du monde du travail, une proposition envisage d'amplifier les
campagnes d'information nationales et locales en faveur de la
mixité des métiers et des recrutements. Autre sujet de préoccupations,
maintes fois rappelé dans ce rapport, la question de la mixité
à l'hôpital. La délégation souhaite que "la disposition législative
annoncée en matière de laïcité à l'hôpital prohibe toute discrimination
entre les sexes à l'occasion des consultations ou soins dispensés
et permette aux médecins et aux personnels médicaux de se concentrer
sur la dimension médicale de leur mission".
Ce sont ainsi pas moins de 16 propositions qui sont présentées
dans ce rapport avec l'espoir qu'au moins quelques-unes d'entre-elles
seront retenues.
A. de F.-R.
* Rapport n°263 (2003-2004) de Gisèle Gautier au nom de la
délégation aux droits des femmes et à l'égalité des chances
entre les hommes et les femmes.
Le vote des femmes
"Les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions
que les hommes ". Il y a soixante ans, le 21 avril 1944,
une ordonnance du Gouvernement provisoire du Général de Gaulle
donnait pour la première fois le droit de vote aux femmes. Celles-ci
étaient également éligibles. Ce nouveau droit ne rentra en application
qu'aux élections municipales des 29 avril et 13 mai 1945 puis
à l'occasion des élections de l'Assemblée constituante du 21
octobre 1945. A ces occasions, 39 femmes furent élues conseillères
municipales et "33 purent franchir les portes de l'Assemblée
nationale constituante". Pourtant en dépit de cette timide
avancée, il ne s'agissait là que de rattraper le retard de la
France, loi derrière le Wyoming qui avait donné le droit de
vote aux femmes en 1869 ! Mais pour Marie-Jo Zimmermann,
députée de la Moselle et rapprocheuse générale de l'Observatoire
de la parité entre les femmes et les hommes "du droit de
voter et d'être élue à une véritable parité entre les femmes
et les hommes, il reste encore du chemin à parcourir ? La situation
ne sera en effet satisfaisante que lorsque dans les faits, les
femmes occuperont toute la place qui leur revient dans la vie
publique".