Les attentats de Madrid l'ont rappelé, l'Europe reste une
cible pour Al-Qaïda. Cependant, le terrorisme n'est pas une
nouveauté sur le Vieux Continent, même si la menace est plus
forte depuis le rejet de la trêve proposée par Oussama Ben Laden
le 15 avril dernier. Mais quelle est exactement la menace ?
Et comment l'Europe y est-elle préparée ? C'est ce que la Fondation
pour la Recherche Stratégique a voulu évaluer. Compte-rendu.
Si l'Europe et le terrorisme se connaissent depuis plusieurs
décennies, "l'organisation d'une stratégie de sécurité européenne
n'a qu'une année d'existence" a rappelé un intervenant avant
de constater que si notre environnement a changé, l'adaptation
aux menaces est rapide. Parmi les axes d'action déterminés,
la sécurité intérieure, le tarissement des sources de financement
du terrorisme et l'accentuation de la pression sur les États
qui le soutiennent. C'est peu ou prou la ligne adoptée par le
Conseil Européen de mars 2004. Cependant, "le terrorisme
n'est pas né avec le 11 septembre, faisait remarquer un participant,
ses modes opératoires ont évolué pour s'adapter aux buts de
la guerre". Peut-être serait-il aussi utile de se demander
quel est le but de cette guerre pour apporter des réponses appropriées.
"A long terme il s'agit d'imposer l'islam au monde, mais
à court terme ? Les terroristes veulent-ils humilier l'Occident
ou canaliser le monde musulman ?".
Une chance pour l'Europe ?
Rappelant que la dispersion de notre industrie chimique peut
faire courir un risque aussi important que le terrorisme - ou
même le faciliter - un expert a insisté sur le fait que "en
matière de terrorisme, la défense n'est pas du seul ressort
de l'armée ; toute la population est concernée". Et de se
demander si au lieu de moderniser les missiles, il ne faudrait
pas plutôt redéployer le budget militaire et informer les populations
pour les responsabiliser. Comme pour y faire écho, un autre
intervenant a martelé l'idée que "le terrorisme ne peut appeler
une réponse uniquement judiciaire, laquelle est de plus difficile
à mettre en oeuvre en ce qu'elle doit préserver l'équilibre
entre liberté et justice" sous peine d'être inefficace,
comme l'a démontré l'imbroglio judiciaire autour du camp de
Guantanamo. Aujourd'hui, le combat contre le terrorisme se doit
d'être coordonné, en premier lieu pour démanteler les structures
financières des réseaux terroristes et "toucher ainsi le
nerf de la guerre". Pour l'Europe, cette épreuve pourrait
bien être une occasion de poursuivre son unification, de "réaliser
sa véritable union dans l'adversité". Mais pour cela, point
besoin de légiférer à tout-va. "Il faut appliquer totalement
ce qui existe déjà et non pas empiler les textes, sans quoi
la lutte contre le terrorisme sera inefficace" concluait
un juriste.