Le
futur équilibre des rôles entre Union Européenne,
Etats et régions : "un match de football permanent"
Le principal défi de l'Union européenne élargie est de remédier aux inégalités économiques et d'éviter à l 'avenir une Europe à plusieurs vitesses. Grâce à quelle politique régionale ? C'était l'un des débats de la troisième édition des Entretiens Internationaux de l'Aménagement et du Développement des Territoires, organisée les 3 et 4 mai.
Avec l'élargissement, le centre de gravité de la politique de
cohésion territoriale de l'UE va se déplacer vers l'Est. Les
trois quarts des aides européennes de solidarité régionale vont
aujourd'hui aux régions des Quinze dont le PIB par habitant
est inférieur à 75% de la moyenne communautaire. Avec l'entrée
des dix nouveaux membres, le PIB communautaire moyen diminuant,
c'est le seuil d'éligibilité pour les fonds d'aide aux régions
qui va s'abaisser. Premier problème : ne pas limiter les futures
aides régionales aux seules régions défavorisées de l'Est.
Obtention des fonds structurels
L'autre problème, c'est celui de la "capacité d'absorption"
des fonds structurels par les régions des nouveaux États membres.
Comme l'a rappelé Krzystof Ners, Vice-Gouverneur de la
Banque de développement du Conseil de l'Europe, l'obtention
des fonds structurels européens et l'efficacité de leur utilisation
dépendra de "la capacité des régions à monter des projets
solvables, et de la capacité des États à cofinancer ces projets".
Car ce sont les régions qui doivent générer ces projets, condition
sine qua non au versement des aides. Un principe qui évite que
ne se développe une mentalité d'assisté chez les bénéficiaires
des subventions. Or, les nouveaux États membres ne sont pas
préparés au montage et à la conduite de projet, et risquent
de passer à côté des aides qu'ils pourraient percevoir.
Partenariat entre la région et l'Etat
"Nous avons quatre configurations dans l'UE : les États centralisés,
décentralisés, les États fédéraux et les États mixtes" a
expliqué Jean-Charles Leygues, Directeur de la DG de
la politique régionale à la Commission européenne. "Le problème
majeur, quel que soit le cas de figure, ce sont les chevauchements
de compétences Etat/région. La régionalisation ou la décentralisation
ne sont pas des facteurs automatiques de développement économique.
En revanche, quand les responsabilités sont bien déterminées,
l'efficacité est optimale. Il faut développer une réelle culture
du partenariat entre la région et l'Etat." Le Vice-Premier
Ministre slovaque n'en a pas moins formulé son scepticisme "en
Slovaquie, il n'y a pas encore de bonne partition entre l'Etat
et la région. Notre Etat est jeune : il a été fondé en janvier
1993. Encore récemment, trois nouvelles régions ont été créées.
Les responsables des nouveaux États membres ne sont pas préparés
à gérer les fonds structurels". De plus, "de nombreux
gouvernements ont tendance à centraliser, parce que cela va
plus vite" a ajouté Jan Olbrycht, universitaire polonais.
La conséquence, c'est que "les pays qui fonctionnent de manière
très centralisée accentuent leurs disparités régionales. La
focalisation sur les centres économiques augmente, au détriment
des autres régions. C'est le cas du Portugal où les régions
de Lisbonne et Porto sont très développées, creusant les inégalités
par rapport au reste du pays", dixit Jean-Charles Leygues.
Conduite de projet
A la question "Comment réussissez-vous à articuler vos responsabilités
régionales avec le pouvoir central à Madrid ?" posée au
maître es régionalisme, le Président de la Catalogne Pasqual
Maragall, celui-ci répond : "Les relations entre Madrid
et Barcelone, c'est un match de football permanent !". Avant
de lancer un pavé dans la marre : "il n'est pas sérieux de
parler d'Europe en y consacrant seulement un budget égal à 1,24%
du PIB". Reste également le problème de la formation des
fonctionnaires territoriaux des nouveaux États membres à la
conduite de projet et à la gestion des fonds structurels. Une
question clé pas assez étudiée par cette conférence trop généraliste.