Doublement du prix du coke, augmentation de 30% du cours
de l'acier depuis le début de l'année 2004 … La situation devient
intenable pour les sidérurgistes et industriels européens. Principale
accusée : la Chine, tenue responsable de la pénurie mondiale
de matières premières. Un bras de fer est d'ores et déjà engagé
entre le géant asiatique et l'Union européenne devant l'OMC.
Certains comparent déjà la situation au scénario de crise des
années 1970. Au delà de ces accents catastrophistes, la pénurie
mondiale de coke risque en tout cas d'avoir des conséquences
très lourdes sur l'industrie européenne... Et le problème est
apparemment loin d'être réglé. Le PDG du groupe européen Arcelor,
Guy Dollé, dans un entretien à l'AFP, estime pour sa
part que la tension sur le marché des matières premières va
persister quelques années. Pour illustrer l'ampleur du problème,
il rappelle qu'"en mille jours, la production d'acier en
Chine a augmenté de 100 millions de tonnes alors qu'il a fallu
50 ans pour que les Etats-Unis fasse la même chose".
Or, les commissaires européens imputent en grande partie cette
flambée du cours du coke à une demande croissante de la Chine,
"aspirateur phénoménal", juge Pascal Lamy, de
matières premières. A la fois premier producteur et premier
consommateur d'acier, elle joue, selon la Commission, du levier
douanier pour réduire les exportations, provoquant ainsi une
réduction de l'approvisionnement mondial.
Un problème insoluble ?
Automobiles, canettes, machines à laver, réfrigérateurs, béton
armé l'acier est omniprésent dans l'industrie. Le problème a
été pris très au sérieux par l'UE qui a menacé d'intenter une
action contre la Chine auprès de l'OMC, arguant que le géant
asiatique a violé la loi commerciale en restreignant ses exportations
de coke. Lors de la visite à Bruxelles du Premier ministre chinois
Wen Jiabao mi-mai, la discussion sur le sujet avait déjà
tourné court. Il avait offert à la Commission un quota d'achat
de 1,5 million de tonnes de coke supplémentaire, mais à un prix
jugé prohibitif de 450 dollars la tonne. Or le prix était encore
de 85 dollars il y a deux ans… De leur côté, les cokeries chinoises
ont disposé leurs pions, alléguant d'une part que le
système chinois n'aurait rien d'illégal au regard du droit de
l'OMC, d'autre part que l'envolée des prix du coke serait imputable
à un déséquilibre provisoire du marché mondial, et non aux restrictions
chinoises. Il est certain que si le gouvernement chinois annulait
subitement sa politique de restriction à long terme sur l'exportation
du coke, les effets pourraient être catastrophiques pour leur
industrie… Et la Chine n'ayant toujours pas donné de réponse
le 28 mai 2004, date butoir imposée par la Commission européenne,
cette dernière a déjà accepté de différer son recours. Elle
souhaiterait trouver une solution sans faire appel à l'arbitrage
de l'OMC.
Les palliatifs nationaux
Au niveau national, Bercy souhaite donner un coup de pouce aux
sidérurgistes et a lancé son plan de bataille dès le début du
mois de mai. Sa stratégie : déployer une série de mesures visant
à garantir les règles de la sacro-sainte concurrence et s'assurer
que dans un marché à flux tendus, aucun acteur aussi bien à
l'échelle nationale qu'internationale, ne profite de sa position
pour constituer des stocks abusifs et augmenter ses prix de
manière artificielle, bref empêcher tout dumping sur les prix.
Les quotas d'importation
Patrick Devedjian, ministre délégué à l'Industrie, propose
notamment de réduire, voire supprimer les quotas d'importation
d'acier en provenance des pays de l'Est. Même si les tarifs
actuels restent inférieurs à ceux atteints pendant les années
1990, le gouvernement préfère prévenir tout emballement. Et
il est en cours de négociation avec son homologue Kazakh dans
l'optique d'augmenter les exportations de l'ancienne République
soviétique vers la France. Le plan d'action déployé par le ministère
de l'Industrie met à contribution les DRIRE (Directions Régionales
de l'Industrie) et les banques pour aider les PME qui peinent
à assurer leur approvisionnement. Les producteurs européens
d'acier, qui continuaient à exporter sur tous les continents,
sont déjà pointés du doigt. Arcelor s'est de son côté engagé
à servir en priorité ses clients nationaux, en fixant des quotas
sur ses exportations.
Autant de remèdes nécessaires mais qui ne sauraient compenser
les effets d'un rééquilibrage entre offre et demande mondiale
d'acier, perspective envisageable dans le moyen terme.