Par SOPHIE DE MENTHON,
Présidente du Mouvement ETHIC, Présidente de SDME
La France va payer cher un « relationnel
républicain » fondé sur le
clientélisme. L’obscurantisme économique
et la course à la démagogie
soigneusement perpétrés au fil des
années font que nous ne savons plus
comment sortir d’un mensonge national
qui nous paralyse. Chacun dans
son rôle estime que la fidélité envers ses
« clients » consiste à ne rien changer à
son discours. Un pacte national tacite enterrine le fait que
les promesses sont dans la logique des campagnes électorales
et que le principe de réalité, on le découvre après
et que « diviser pour régner » est la condition des victoires
politiques successives. C’est sur cet adage historique que
nous fondons nos 460 niches fiscales, nos régimes spéciaux
(pour agents très spéciaux de la Fonction Publique)
et autres exceptions francaises. Schizophrènes, nous
réclamons simultanément une égalité à nulle autre pareille
et du sur mesure pour chaque catégorie de salariés ou
d’entreprises. Alors pour faire face, nous jouons sur les
mots, une étrange « méthode » et notre cartésianisme est
bien mis à mal.
Quel autre recours que la sémantique pour faire ce que
l’on ne nomme pas et nommer ce que l’on ne fait pas…
ou peu, ou à moitié ? En ce moment
même, la France danse sur la petite
musique de la « rigueur » pendant que
l’Europe, elle, s’y est attelée. A nous,
le mot suffit : On le décortique, on le
diabolise ou on le brandit. Le terme à
lui seul suffit à faire « descendre dans la rue », les Francais
sont en permanence dans l’escalier… Avant même
de chercher un consensus sur l’objectif, il est d’usage de
critiquer la méthode systématiquement, trop rapide ou
pas assez consensuelle ; annoncée ? On pousse des
hauts cris devant le fait accompli. Une commission ? La
France ricane devant les rapports qui s’entassent ; avec
concertation ? Alors là, il est de bon ton de quitter la table
des négociations.
Les syndicats et les hommes politiques plutôt responsables
de cet état de fait, se sentent maintenant prisonniers.
On recule, on avance, on déclare, on teste à
coup de rodomontades. On roule des mécaniques pour
accoucher d’une souris ; l’accouchement de la souris
se faisant de préférence nuitamment à l’Assemblée
Nationale ou au Sénat, la veille d’un pont ou de
vacances scolaires c’est ce que l’on appelle, parait-il,
« faire de la politique ».
Cet héritage de petites lachetés successives nous a mis
au bord du gouffre. De « cadeaux » en « niches », de gestes
généreux (avec l’argent des autres) en distributions étatiques
; de « solidarités » multiples en assistanats divers
nous avons vendu aux Francais des « droits » plus que des
devoirs ; nous les avons cocoonés en échange de leurs
bulletins de vote boudeurs. Nous leur avons bien martelé
que le joug du labeur est le fruit d’un capitalisme
patronal et exploiteur… La crise a fait le reste. Le résultat
est là, les archaïques sont majoritaires, les frustrés
s’aggrippent aux parties extrémistes, le chacun pour soi
gagne et les Français ne regardent en face que la réalité
du voisin. Nous déprimons collectivement malgré tous les
anxiolitiques remboursés par le déficit de la Sécurité
Sociale ! La France tient à rester à l’âge de glace, au pays
des « acquis » en tous genres.
On s’indigne lorsque le Président de la République
accuse ses prédécesseurs en les nommant, mais finalement
c’est de ce constat là qu’il se plaint : un mensonge
économique héréditaire, légèrement lénifiant, la corrosion
de notre énergie nationale devenue léthargie à
force de RTT. L’héritage des précédents chefs de l’Etat :
une intégration très difficile du fait, entre autres, du
regroupement familial institué par un âge de la retraite
avancé par l’autre, etc. Et toutes ces faiblesses se transforment
en dettes léguées aux suivants. Nous ne disons
pas autre chose à l’heure de l’apéro au Café du Commerce
et d’ailleurs nous avons élu un homme qui parle
comme nous… et parce qu’il parlait comme nous. Compter
les manifestants est une occupation : nous ne
sommes même jamais d’accord sur le nombre, c’est
d’ailleurs ce qui compte, ainsi chaque camp pourra
contester. Mais voici venu le temps de contester la
contestation. Rigueur ou pas, il va vraiment falloir que
chacun fasse un effort, ce sont nos mentalités qui sont
notre pire ennemi. Les mots comme remèdes aux maux
ne suffisent plus, il faut oser agir. ¦