Les chercheurs font rêvr les enfants ées du 22 au 25 mai. Ces visiteurs privilégiés découvriront le Centre national de prévision de... - newspress.fr - Wed, 16 May 2012 13:20:15 GMT
La véritable réforme des retraites, utile à notre pays, est encore devant nous
Par ROBERT ROCHEFORT, Député européen, Vice-président du MoDem
Les travaux récents du Conseil
d’Orientation des Retraites ont
bien mis en évidence l’aggravation
des prévisions financières
produite par les effets de la crise
économique et surtout par la montée
du chômage. Comme nous le
savons tous, il y a deux causes à
l’origine des difficultés de financement
liées à la démographie :
l’allongement de la durée de la vie,
qui est en soi une bonne nouvelle
et qui devrait être pérenne ; la bosse démographique
qui correspond au passage à la retraite des générations
du baby-boom (naissances de 1945 à 1965) et
qui elle n’est que temporaire, bien que durant au total
près de 3 décennies. C'est pour contribuer à traiter
ce deuxième défi qu'a été créé le fonds de réserve
des retraites, c'est pour cela
qu'il doit être préservé et renforcé
jusqu'en 2020.
En tout état de cause, le
constat est clair : la situation
est très préoccupante et elle
nécessite un très large dialogue,
une remise à plat en
toute transparence des différents éléments du système
de retraite français. Il faut pour cela le temps nécessaire,
or le calendrier annoncé par le gouvernement
ne permettra pas cet échange approfondi. Cela est très
regrettable ainsi d’ailleurs que la solution dessinée
d’une réforme a minima, destinée à tenir quelques
années seulement, incapable de rassurer nos concitoyens
– en particulier les plus jeunes – sur la pérennité
du système et donc sur l’avenir.
Dans cette situation, il convient tout d’abord de réaffirmer
les valeurs sur lesquelles il convient de s'appuyer
et de refonder en conséquence notre pacte intergénérationnel.
C’est sur cette base que repose le
principe de la retraite par répartition qui doit être préservé.
C’est cela également qui force à mettre en
place, « enfin » - aimerait-on dire -, l’assurance dépendance
comme cinquième risque de la Sécurité Sociale.
Ce sujet est lié à celui des retraites car il s’agit de garantir
aux ainés d’aujourd’hui et de demain les moyens
de faire face à leurs besoins et à vivre dignement.
N’oublions jamais que l’angoisse de beaucoup de
retraités d’aujourd’hui ne tient pas d’abord au niveau
de leur pension du moment mais aux dépenses auxquelles
ils auront à faire face plus tard en cas de survenance
d’une perte d’autonomie voire à celle de l’un
de leurs propres parents encore en vie. Plutôt que de
distinguer les deux sujets comme cela est actuellement
prévu, c’est à une recherche de solution commune,
pouvant éventuellement comporter une contribution
nouvelle qu’il faut s’atteler.
L’aversion de nos concitoyens à accepter de reporter
en droit ou en faits l’âge de départ en retraite, s’explique
par la lassitude et la fatigue ressenties dans la vie professionnelle.
La France est dans une situation aberrante
: une productivité horaire record mais éreintante pour
ceux qui ont un emploi, destinée à compenser un chômage
structurel trop élevé et un temps de travail tout
au long de la vie inférieur à ce qui s’observe chez nos
voisins. Le tout en ayant abandonné depuis trop
d’années déjà l’ambition de former les salariés au-delà
de 50 ans et parfois même avant. C’est cela et rien
d’autre qui nous a mené à cet accord entre les pouvoirs
publics et les partenaires sociaux en faveur des
préretraites, et qui - bien qu'officiellement supprimé -
perdure dans les faits sous d'autres formes.
Il n’y a pas de réforme possible et acceptable
incluant un allongement des durées
de cotisation sans une modification des
rythmes, des conditions de travail et des
méthodes de management pour que
l’activité professionnelle devienne épanouissante
pour le plus grand nombre.
En s’inspirant de la flex-sécurité telle
que mise en place dans certains pays du
nord de l’Europe, on doit mettre en place tout au long
de la vie – et surtout dès 40 ans – des formations requalifiantes
destinées à permettre à chacun d’évoluer,
si nécessaire, vers une seconde carrière. C’est ainsi également que doit être appréhendée la question de la
pénibilité. Il est injuste de ne rien faire sur ce sujet
mais il serait particulièrement cynique de n’envisager
en la matière que des départs anticipés en retraite à
ceux qui du fait de leur travail perdent des années
d’espérance de vie. Ceux qui souffrent d’une telle pénibilité
dans leur travail ne doivent l’exercer qu’un
nombre très limité d’années et se voir ensuite proposer
un autre travail.
Il faut donc ré-inventer le travail après 50 ans et y préparer
les salariés dès avant avoir atteint cet âge pivot.
C’est une réflexion globale qu’il faut entamer en prenant
en compte par exemple les motivations qui varient
au cours de la vie active. En règle générale, après 50
ans, on ne recherche plus d’abord des avancées rapides
de carrière, des hausses de rémunérations, des responsabilités
d’encadrement plus importantes. Les motivations
s’orientent plutôt vers la qualité du travail « bien
fait », un rythme plus choisi dans l’organisation du
temps, une part de son temps destiné à transmettre ce
que l’on a appris aux générations plus jeunes.
Il faut permettre également que l’exercice de l’activité
puisse se faire à temps partiel. On observe souvent
chez les salariés quinquagénaires un désir d’évoluer
ainsi qui est contrecarré par la rigidité des
entreprises – ou pire encore des administrations – mais
aussi par l’inquiétude de ne pas assez cotiser pour la
retraite. Il convient donc d’inventer des formules qui
autorisent après un certain âge l’achat de droits contributifs
à la retraite en complément de ceux que fournit
un travail à temps partiel. Bref, si l’on ne réenchante
pas le travail, si l’on n’y introduit pas
davantage de respect, de capacité d’autonomie et de
créativité, on ne rendra pas acceptable l’allongement
de la vie professionnelle.
Ces éléments incitent à évoluer vers un système de
retraite par points. C’est la seule façon de rétablir une
lisibilité permanente sur les droits que chacun
acquiert tout au long de sa vie professionnelle et
donc de pouvoir choisir – au moins en partie – le
moment de son départ. C’est également une façon
simple d’envisager un rapprochement progressif
entre les différents systèmes de retraite, d’intégrer les
périodes de cotisations à l’étranger. La retraite calculée
par la formule des « comptes notionnels » est
une variante intéressante de la retraite par points qui
permet de pondérer les droits en fonction de l’espérance
de vie des différentes générations. Le basculement
vers un tel système demandera un peu de
temps. C'est pour cela qu'il faut le prévoir et l'annoncer
dès maintenant.
Je pense également qu’il convient de reconnaître
l’action bénévole et de permettre qu’elle donne lieu
à l’acquisition de points de retraite.
Le vieillissement
démographique force à reposer la question des
contributions que chacun peut apporter à l’intérêt
général. Des seniors plus nombreux constituent une
chance et un potentiel pour entretenir et réactiver le
lien social. On doit réfléchir à des contrats pluriannuels
passés entre des retraités et des associations
d’intérêt général,
r e c o n n u e s
comme telles par
la collectivité,
dans des thèmes
comme l’aide
sociale ou humanitaire,
le soutien
scolaire ou la réalphabétisation,
l’accompagnement des malades ou des personnes
seules qui procurent à ceux qui s’y impliquent des
suppléments de droits validés pour leur retraite.
Une fois la question ainsi reposée dans toute sa globalité – mais seulement après que cela soit fait - il faut
bien aborder les recherches de solutions financières à
court terme et à moyen terme. Celles-ci peuvent intégrer
un allongement très progressif de l'âge de départ
à taux plein (plus juste à l'égard des jeunes générations
que la seule augmentation de la durée de cotisation)
mais il ne serait ni juste ni suffisant d’en rester là. Il
convient également d’élargir l’assiette des cotisations liées
au travail à tous les éléments
qui y échappent ( intéressement,
indemnités de départ «
négocié », stock-options, etc …
) et je pense qu'il faut aussi
correctement identifier dans les
dépenses des caisses de
retraite, ce qui ressort de la
solidarité nationale et qui doit
être financé comme tel, principalement par la CSG, plutôt
que par les cotisations assises sur le travail.
Bref, la véritable réforme des retraites, utile à notre
pays, est encore devant nous.