Compétitivité des PME : le temps c’est (encore
et toujours) de l’argent !
Par BERNARD OCHS, Vice Président du Club Esprits d’Entreprises
Disposer de l’offre appropriée pour
conquérir ou gagner un client,
maintenir et développer une position
sur un marché, être à même de se
développer, tel est le fond du sujet et la
crise ne fait qu’appuyer sur les faiblesses
éventuelles, perçues ou non de la PME.
Cette crise rajoute même quelques
contraintes, comme un souci renforcé et
plus ou moins légitime des clients ou
fournisseurs de pérennité, une importance
supplémentaire des fluctuations des monnaies
ou des règles fiscales par exemple.
Maintenant, de quoi a besoin la PME, petite,
moyenne ou grande pour devenir ou rester compétitive ?
Quelles sont ses ressources les plus précieuses ? Ses
challenges les plus intenses ?
Partons du client. De manière la plus générale, la PME
(pas la TPE) a pour clients principaux si ce n’est
exclusif des entreprises de taille équivalente ou supérieure,
clients finaux ou distributeurs, des administrations.
Comme il est malheureusement établi que
trop peu de nos PME exportent, c’est donc du marché
intérieur en premier lieu qu’elles dépendent et
des règles qui le régissent.
Au crédit de nombreuses mesures ou dispositifs, existants
et plus ou moins récents éminemment
appréciables, au point même d’inspirer
d’autres pays, on pourra citer : le
crédit d’impôt-recherche, les FCPI, les
dispositifs de prêt OSEO, la loi LME et
sa composante de réduction des délais
de paiement, pour ne citer que ceux-ci.
Mais déjà, les FCPI pourraient bientôt disparaitre,
par la remise en cause de l’avantage fiscal, sous couvert
de chasse aux niches fiscales, le cadre actuel
arrivant à échéance fin 2010 (projet de loi de
finances 2011). Ces véhicules d’investissement et
leur mode de fonctionnement parfois déroutant
pour les PME (augmentation des montants collectés
et baisse des investissements constatée en 2008
puis 2009, à un moment crucial pour les PME innovantes)
ont suscité des critiques, notamment de la
part du club Esprits d’Entreprises, critiques portées
au plus haut niveau de l’Etat alors. Si la réponse
ponctuelle apportée (par le Sénat) de raccourcir
significativement le délai d’investissement après
collecte est loin de résoudre la question en déplaçant
le problème, nulle entreprise innovante ne
viendrait à souhaiter la disparition de ces fonds
d’investissement (FCPI ou FIP), surtout à l’heure où
les projets de l’Union Européenne (Solvency II
notamment pour les assureurs) risquent d’assécher
radicalement les ressources de l’ensemble des
fonds de private equity (FCPR souvent). D’autant
que, de manière paradoxale, les plus performants
de ces fonds seraient les premiers affectés, ceuxci
étant plus largement souscrits jusqu’à présent par
les grands assureurs. Hélas peut-être encore, ce sont
ces fonds les plus performants (non, pas de noms
!) qui peuvent prendre certains risques supplémentaires,
comme investir très en amont ou suivre
plus durablement une participation performante.
Peut-être tout ceci relève-t-il encore d’une anticipation
inspirée par un pessimisme exacerbé ? Rien
n’est moins assuré pour chacun de ces points, car
les projets très médiatiques de corriger les excès
funestes du monde financier risquent de laisser
fuir les gros poissons (hedge funds) pour retenir
dans les filets des nouvelles règlementations les
petits poissons (capital-risque ou capital-développement).
En outre, les patrons de PME sont résolument
optimistes (eux n’ont pas le choix) comme
le révèlent vague après vague les enquêtes
conjointes du club Esprits d’Entreprises et de la
CGPME. Comment le rester, optimiste, face à cette
perspective de « triple » peine, la crise provoquée
par les banques dans un premier temps, les restrictions
sur prêts et apports en fonds propres,
dans un deuxième temps et les impôts ensuite ?
Et quelle est l’une des ressources les plus contraignantes
pour la PME ? Justement son temps. Le
temps compté finement de ses employés, le temps
de ses dirigeants. En face, que trouve-t-elle ? Des grands clients qui ont des cycles de décision plus
longs, des administrations tout aussi indolentes
pour instruire un dossier pour l’entreprise, mais
beaucoup plus promptes désormais à encaisser ce
qui leur est dû.
Prenons un exemple au hasard bien sûr, comme certains
grands opérateurs Telecom, français ou étrangers.
Combien de temps (et d’argent donc) ont
perdu nombre de sociétés de technologie ici et là
dans des tests, évaluations ou pilotes qui n’ont
jamais débouché sur rien, ou pire encore sur des
décisions de déploiement, ensuite abandonnés ?
Double peine encore aggravée par un passage à la
moulinette de services achats désormais prépondérants,
rompus aux enchères inversées ou hollandaises,
joyeusetés aussi destructrices de marges que
de confiance du fournisseur, face à une meute de
faire-valoir, souvent originaires de pays à bas coût,
dont la seule présence sert à fixer un prix de référence
le plus bas possible et hors de toute autre
considération. La situation en est à un point que ces
mêmes fonds évoqués précédemment sont de plus
en plus réticents à financer toute jeune société,
dont les clients sont ces opérateurs, un « cimetière
à start-up » pour l’un d’entre eux.
Où est la conscience, à défaut d’un devoir citoyen ou
simplement responsable, chez ces grands acteurs (et
il est question ici du management et de son rôle
exemplaire, ici comme ailleurs) d’un intérêt bien
compris à entretenir une relation équilibrée, durable
et responsable avec toutes ces PME innovantes ? La
question vaut pour tant d’autres secteurs, comme
l’automobile, dans un contraste parfois saisissant avec
notre voisin allemand, tant jalousé pour ses efforts et
sa constance en la matière.
D’autres grands corps de la société pourraient faire
l’objet de constats similaires : L’Etat ou plutôt le politique
avec sa démagogie, ses reculades, ses difficultés
à respecter les règles du jeu, qu’il a lui-même établies.
Les banques, si promptes à reconstituer leurs
marges, en parfaite dé-corrélation avec l’économie productive.
A chaque fois encore, que de temps perdu
pour la PME, que d’énergie et d’argent finalement gaspillé,
qui alimente le puits des déficits ? Que d’emplois
détruits ou pas créés au passage !
En quoi tout ceci est-il parfaitement intolérable dorénavant
en temps de crise et que peut-on y faire ? La
PME a quasiment tous les handicaps du grand groupe,
sans certains avantages. Le grand groupe
ne dépend en général plus beaucoup du
marché français et profite à plein du
potentiel des zones les plus dynamiques.
Pas la PME, que le grand groupe prend
rarement le soin d’emmener avec lui dans son expansion
internationale.
Le grand groupe a les moyens de nourrir tous les prestataires
divers qui l’aident à mettre en place les nouvelles
réglementations, le patron de PME voit cette
charge se rajouter à un agenda déjà chargé.
La diversité des acteurs et des challenges ne peut plus
trouver sa réponse dans des dispositifs techniques ou
des règlements supplémentaires ; nous n’avons plus
le temps aujourd’hui. Seule une évolution radicale de
l’échelle des valeurs peut amener les réponses nécessaires.
De manière un peu prétentieuse peut-être,
l’application d’un certain comportement, d’une attitude
que nombre de PME connaissent et pratiquent
par nécessité ou par vertu :
La reconnaissance des réalités, le courage de les dire
et d’affronter leurs conséquences. A méditer pour la
réforme des retraites peut-être ? Pour l’accélération
d’une application intelligente de la RGPP ?
La connaissance des limites de chacun. Quand 40 cm
de neige fraîche immobilisent un TGV, quel sens à
invoquer la responsabilité de la SNCF ou de l’Etat ?
Investir ses ressources là où elles auront le plus
d’impact, réduire ou supprimer toutes dépenses superflues.
Pourquoi les PME créent-elles seules des emplois
productifs aujourd’hui mais ne bénéficient-elles ici que
d’une très modeste part des soutiens publics dédiés
(comme aux USA faut-il ajouter par honnêteté) ?
La reconquête de la maitrise du temps par le courage
d’affronter les réalités au plus haut niveau, là réside
peut-être une clé d’une compétitivité accrue des PME
et donc du pays. ¦