Sans attendre les rendus de la mission d’information parlementaire sur le voile intégral, plusieurs
élus ont déjà pris position sur le sujet.
Manuel Valls
Député-Maire d’Evry (SRC)
Le débat sur le port du voile
intégral est un débat complexe.
Dans ce cadre, le rôle d’une formation
politique doit être de
prendre position et d’offrir une
issue à l’ensemble de la société.
On peut dès lors s’étonner de la
position de la direction du Parti socialiste qui, tout en rappelant
l’incompatibilité de la burqa avec les fondements de
notre République refuse l’idée de voter ce qu’elle nomme «
une loi de circonstance (qui) pourrait s’avérer contraire aux
principes constitutionnels ». Mais il est vrai que ce débat traverse
toutes les formations politiques.
Cependant il faut avancer avec des idées claires et avec la
volonté de se faire comprendre des Français.
Si l’argument de l’inconstitutionnalité doit, certes, être étudié
sereinement, il ne peut, en aucun cas, être pris comme un
acquis dès lors que nombre de juristes considèrent, au
contraire, que le bloc constitutionnel peut servir de fondement
à une interdiction de la burqa et notamment, par
exemple, les articles 4, 5 et 10 de la Déclaration de 1789.
De même, la censure prétendue de la CEDH est hautement
improbable dans la mesure où l’article 9 de la Convention
européenne des Droits de l'Homme précise, lui-même, les
conditions de la limitation de la liberté religieuse en évoquant
la possibilité de prendre « des mesures nécessaires à la sécurité
publique ou à la protection de l'ordre ».
Or c’est bien de cela dont il s’agit. Le port de la burqa trouble
l’ordre public dans la mesure où les personnes concernées
ne sont plus identifiables.
Plus grave encore, il est contraire à la dignité humaine dès
lors qu’il installe dans l’espace public une hiérarchisation entre
les individus : certains sont libres de se présenter comme bon
leur semble devant autrui, quand d’autres, contraints à porter
un vêtement qui les couvre des pieds à la tête, sont
condamnés à se mettre en retrait du regard de l’autre.
Il faut également combattre l’argument de la prétendue stigmatisation
qu’impliquerait une telle loi vis-à-vis des musulmans
de France en rappelant que la burqa n’est pas affaire
de religion mais qu’elle est le fruit d’une revendication à caractère
extrémiste.
Il faut dire que la burqa n’est pas l’Islam. La bannir de
l’ensemble de l’espace public, c’est respecter les valeurs fondamentales
de la République et c’est respecter l’Islam.
Notre représentation nationale se grandirait donc en rappelant
solennellement par la loi, applicable à tous, que tout individu
est une personne unique qu’on ne saurait faire disparaître
en lui imposant le port d’un vêtement contraire à sa
dignité. C’est ce choix qui doit être celui de tous les socialistes
et de l’ensemble des Français. ¦
Colette Le Moal
Députée (NC, Yvelines), Membre
de la Mission d'information sur la
pratique du port du voile intégral
sur le territoire national
Depuis juillet 2009, la Mission
d'information sur le port du
voile intégral sur le territoire
national a auditionné près d'une
cinquantaine de personnes, et s'est rendue sur le terrain en
France, ainsi qu'en Belgique.
Au préalable, il est nécessaire de corriger ici un préjugé en précisant
bien que ce voile n'est pas une prescription du Coran
s'imposant à la femme : les islamologues s'accordent à reconnaître
que la femme musulmane est une femme libre eu égard
aux prescriptions vestimentaires. A l'instar du foulard, le voile
ne fait l'objet que d'une simple « recommandation ».
La mission est vite apparue unanime dans son rejet du voile
intégral – en France, il s'agit du niqab, et non de la « burqa » -
considéré comme portant atteinte à la dignité de la femme ; il
heurte par ailleurs notre « vivre ensemble républicain », en ne
respectant pas l'usage de circuler dans l'espace public à visage
découvert. Le port du voile est ainsi associé à des incidents
sérieux dans certains services publics, en particulier les hôpitaux
; mais des difficultés équivalentes se posent notamment
dans l'accès au sport, ou au travail.
Les avis des membres de la mission ont cependant divergé quant
à la méthode à adopter pour endiguer ce phénomène. Pour
beaucoup, droite et gauche confondues, une loi s'impose.
Selon eux, tout autre type d'intervention serait inopérant. Pour
les autres, au contraire, cette démarche serait à la fois inutile -
les dispositifs législatifs et règlementaires, s'ils étaient appliqués
et mis en oeuvre, sont suffisants - stigmatisante, et sous la menace
d'une invalidation par le Conseil Constitutionnel ou la Cour européenne
des Droits de l'Homme.
Toutefois, à l'approche du terme de nos débats, un consensus
s'est esquissé autour de la proposition d'une résolution parlementaire
(1) « solennelle » expliquant l'incompatibilité de la dissimulation
du visage avec la relation sociale. Cette résolution,
en faveur de laquelle j'ai ardemment plaidé, doit sonner comme
un « rappel constitutionnel » ; elle devra en outre être complétée,
selon moi, d'un état des lieux des dispositifs existants permettant
d'enrayer la pratique du port du niqab : lois, charte sur la laïcité,
codes, règlements, etc.
Avant de se prononcer définitivement, la mission examinera
le texte de cette résolution ainsi qu'un ou plusieurs projets
de loi visant à proscrire le port du voile intégral. Il est
entendu que toute autre initiative parlementaire ne saurait
être votée à l'unanimité. ¦
(1) (NDLR : en application de l'article 34-1 de la Constitution – une procédure nouvelle introduite
lors de la révision constitutionnelle de juillet 2008)