Oui, on peut encore réconcilier les Français
avec l’entreprise et l’initiative !
Par FRANCIS VERCAMER, Député Nouveau Centre chargé des relations
sociales, Parlementaire en mission sur le développement de l’économie
sociale et de l’entrepreneuriat social
Faut-il croire au divorce irrémédiable
entre les Français et leurs entreprises
? C’est la question que l’on se
pose à la lecture de l’enquête de TNS
Sofres sur les relations salariés-entreprises
: 59% des salariés interrogés s’estiment
« perdants » dans leur relation au
travail, 44% ont le sentiment que leur
situation personnelle au travail s’est
dégradée, et 45% d’entre eux se sentent menacés
dans leur emploi.
Certes, ces tendances peuvent s’expliquer par les conséquences
sociales de la crise et la montée en puissance de
la perception de nouveaux risques notamment psychosociaux.
Toutefois, cette enquête traduit aussi le désarroi de
nos concitoyens qui ont le sentiment d’être réduits à des
facteurs de production, d’être devenus la seule variable
d’ajustement lorsque les entreprises sont en difficulté, et
ce, quels que soient leur implication, leur professionnalisme
et la qualité de leur savoirfaire.
On comprend alors la méfiance
croissante vis à vis des employeurs
perçus avant tout comme soucieux
de rationalisation et de productivité.
Le coup de semonce peut donc provenir
de plus loin, la crise n’est peutêtre
qu’un catalyseur et à ce titre le problème doit être envisagé
avec sérieux.
Alors, quelles pistes explorer pour renouer les fils de la
confiance entre nos concitoyens et leurs employeurs ? S’il
n’y a pas de modèle alternatif à l’économie de marché, il
convient de réaffirmer le choix d’une économie de marché
responsable, soucieuse de prendre en compte la logique
économique, les conséquences sociales et l’impact environnemental
de ses décisions. C’est au niveau européen que
la portée de ce choix peut prendre toute sa dimension et
à ce titre, l’attribution du portefeuille « marché intérieur »
à notre pays dans la composition de la nouvelle commission
européenne, peut être perçu comme un signe positif.
L’Etat et les partenaires sociaux doivent aller plus loin dans
la sécurisation des mobilités professionnelles, en cas de
licenciement et passer du concept de « situation professionnelle
» du salarié, notion figée, à celui de « parcours
professionnel » où la mobilité est d’autant plus acceptée,
qu’elle est jalonnée de garanties qui permettent au salarié
d’envisager son évolution avec sérénité. On peut également
envisager d’harmoniser les dispositifs d’accompagnement
des salariés dans le cadre du licenciement
économique en envisageant le congé de reclassement et
en gommant les distinctions entre les dispositifs mis en
oeuvre en fonction de l’effectif salarié des entreprises.
Dans la logique du contrat de transition professionnelle ou
de la convention de reclassement personnalisé, on peut
imaginer un contrat de continuité professionnelle, qui
assurerait le transfert du contrat de travail de l’entreprise
qui licencie vers une structure intermédiaire, qui assure la
reconversion du salarié, un peu à l’instar des sociétés de
transfert allemandes.
Enfin, vouloir réconcilier une gestion éthique et humaine
de l’entreprise, avec les logiques économiques, c’est là
toute l’ambition de l’économie sociale et de l’entrepreneuriat
social L’utilité sociale du projet allie son dynamisme
aux méthodes entrepreneuriales, encadrées par
une gouvernance démocratique et une rémunération
limitée du capital. Sur ces principes, ce sont développées
des structures aussi variées qu’innovantes, qui rémunèrent
aujourd’hui plus de 2 millions de salariés. Il ne
s’agit pas ici de décrire le monde merveilleux et idyllique
de l’économie sociale, mais de souligner les enjeux de
développement d’un secteur qui démontre sa viabilité et
qu’il est nécessaire de renforcer, via, par exemple, de nouvelles
voies de financement qui permettent de lancer des
initiatives novatrices ou de conforter des projets à fort
potentiel de développement, via la formation des cadres
et des dirigeants, ou la revalorisation de certaines filières.
La mission parlementaire qui m’a été confiée par le Premier
ministre tentera modestement d’apporter quelques
réponses à ces problématiques non exhaustives. Mais
entreprendre autrement, des milliers de personnes le font
déjà chaque jour ici en France. Alors oui, de nombreuses
pistes restent à travailler pour réconcilier nos concitoyens
avec l’entreprise et l’initiative