Patrick Vandevoorde,
Directeur Général Délégué de CDC
Infrastructure
Face à quels défis se trouvent
aujourd’hui les PPP ?
La France se trouve confrontée à de très importants besoins d’investissement
pour faire face aux défis du développement durable. Mais l’état des finances
publiques ne permet pas de réaliser tous ces projets par les seules voies budgétaires
classiques, sauf sur une très longue durée. Ainsi, le défi du développement
durable sera relevé par le recours au PPP ou ne sera pas relevé.
D’autre part, avec la crise financière, la raréfaction des financements bancaires
par crise de liquidités rend difficile le bouclage des projets arrivés à maturité.
Le renchérissement des projets, par augmentation des conditions d’emprunts
et modification des structures financières de montage de projets (dette plus
courte, accroissement de la part des fonds propres), est également une difficulté
perceptible.
Quels sont selon vous les gages de la solidité des PPP pour les temps
à venir ?
On voit bien les deux grandes catégories de solutions : celles qui ont pour
but de faire face à la crise de liquidités et qui concernent essentiellement
la dette bancaire. Elles ont un caractère essentiellement conjoncturel (même
si la sortie d’une période d’intervention particulièrement prégnante de la
sphère publique devra se faire progressivement et peut-être plus lentement
que cela n’était envisagé) ; et celles qui ont trait au besoin de fonds propres
de long terme.
On en revient ainsi aux fondamentaux : Les fonds propres, in fine, assurent
la vraie solidité des montages en PPP. Ils sont une denrée rare, surtout les fonds
propres de long terme aptes à être investis dans la durée et à ne trouver leur
rendement que par les produits générés par les actifs.
Une des réponses fondamentales, à la crise résulte dans la structuration d’un
marché des fonds propres de long terme, prêts à s’investir dans les infrastructures
publiques.
Il s’agit d’une classe d’actifs spécifiques offrant schématiquement un rendement
plus élevé qu’une obligation mais un risque moindre qu’une action. Le besoin
en est considérable, plusieurs dizaines de Mds€ rien qu’en Europe sur les prochaines
années, au moins autant pour les pays en voie de développement. Le
marché n’est pas actuellement organisé pour faire face à ces besoins et doit
l’être en mobilisant sur ces emplois longs les acteurs disposant de ressources
longues : assureurs-vie, fonds de pension, investisseurs institutionnels, fonds
souverains…. Il s’agit tout à la fois de leur procurer des revenus présentant
un profil risque-rentabilité adapté à leur problématique et d’attirer vers des projets
d’intérêt général des ressources disponibles afin que l’équipement du territoire
puisse se faire sans (trop) peser sur les finances publiques.
Sous réserve que les conséquences soient rapidement tirées de la crise financière
que nous traversons et dont certains effets seront pérennes, la période
actuelle créée les conditions pour un nouvel élan des PPP. En effet, les besoins
de grands équipements sont pressants et la relance par l’investissement est la
voie pour faire face à la crise économique. Par ailleurs, le renchérissement des
financements oblige certes à être plus sélectif dans le choix des projets mais
cela privilégiera le choix du PPP non comme seul montage juridico-financier
permettant d’externaliser la dette par commodité, mais comme apporteur
d’une réelle plus value économique à l’action publique. Enfin, la structuration
du marché de l’investissement de long terme dans les infrastructures publiques
crée le socle sur lequel peut se bâtir ce développement.