Santé : la France doit tirer les leçons
de l'expérience britannique
Par GUILLAUME VUILLEMEY, Institut économique Molinari
L’affaire semble
entendue : pour
ramener à
l'équilibre les comptes
de la branche "maladie"
de la Sécurité
sociale, il convient de
multiplier les contrôles
et de restreindre le
poids du secteur libéral.
Ainsi pourrait-on
résumer l'esprit qui anime les réformes
mises en place depuis le plan Juppé
de 1996. Bien qu'elle soit solidement
ancrée, cette idée mérite d'être questionnée.
Pour cela, l'étude du National
Health Service (NHS) anglais est éclairante : outre-Manche, les coûts
n'ont pas été contenus alors que le système
– très fortement étatisé – a été
tout entier tourné vers cet objectif. En
revanche, les patients anglais souffrent
d'un rationnement des soins qui
leur est préjudiciable.
Avec la nouvelle loi " Hôpital,
patients, santé et territoires ", le gouvernement
entend réformer en profondeur
l'organisation des soins en
créant notamment des Agences
Régionales de Santé (ARS) placées
sous la tutelle du ministère de la
santé. Ce faisant, le poids de l'État
en matière de définition de l'offre de
soins sera renforcé. Les soins ambulatoires
– qui jouissaient jusqu'à présent
d'une certaine liberté – seront
plus encadrés. A terme, c'est l'existence
même du secteur libéral qui
pourrait être menacée.
Ce renforcement de la maîtrise
publique des dépenses de santé
peut-il être permettre de ramener
durablement les comptes à l'équilibre
tout en garantissant une offre de
soins performante ? On peut en douter.
En effet, en accordant toujours
plus de place à la maîtrise comptable
des dépenses, notre système se rapproche
du NHS anglais, qui n'a pourtant
rien d'un exemple.
Au Royaume-Uni, l'État est omniprésent
en matière de santé. Il n'existe pas
de secteur libéral : l'installation, les
prescriptions et les honoraires des
médecins sont strictement contrôlés. Le
NHS, pour l'Angleterre seule, emploie
plus de 322 000 infirmières et 128 000
médecins. Les autres médecins travaillent
sous contrat avec les autorités
de santé locales.
Malgré un fonctionnement très encadré,
les dépenses de santé n'ont pas
été maîtrisées. Entre 1998-1999 et 2007-
2008, elles ont augmenté de 81,9%,
hors inflation. Autrement dit, la multiplication
des mesures de maîtrise
comptable ne permet pas d'assurer la
viabilité financière d'un système de
santé. En revanche, un tel processus
est porteur d'effets pervers.
De longues files d'attente ont toujours
caractérisé le système nationalisé du
Royaume-Uni. En dépit d'injections
massives d'argent public au cours des
années Blair – après 1997 – des problèmes
importants demeurent. En janvier
2009, plus de 150 000 patients
devaient attendre entre 8 et 13
semaines pour être hospitalisés.
L'accès aux médicaments est, lui aussi,
restreint. Une autorité, le National Institute
for Health and Clinical Excellence
évalue le rapport entre l'efficacité d'un
traitement et son coût. Des médicaments
trop coûteux peuvent être déconseillés.
Pendant des années, le Sutent,
jugé trop cher, n'a pas été prescrit aux
patients atteints de cancer du rein, alors
qu'il était couramment délivré ailleurs
en Europe. En outre, la prescription
d'un même traitement pour une même
pathologie dépend aussi des localités :
on observe des inégalités fondées sur
l'incohérence administrative. Les
exemples de ce type pourraient être
multipliés : au Royaume-Uni, la rationalisation
a conduit au rationnement.
Face à cela, les Anglais sont de plus en
plus nombreux à se soigner dans le secteur
privé en payant de leur poche.
A contrario, la France a longtemps
disposé d'une offre de soins suffisante
et de qualité. Ceci est dû à l'existence
d'un secteur libéral développé fondé
sur la liberté d'installation et de prescription
pour les médecins, et sur la
liberté de choix par le patient de son
médecin. Ces piliers ont été affaiblis
par les réformes affectant la santé
depuis plus de dix ans, sans qu'il en
résulte d'améliorations durables sur
les finances publiques.
La loi Bachelot, qui franchit un nouveau
pas en ce sens, est donc potentiellement
dangereuse. En effet, l'étatisation
n'est pas un gage de réussite,
ni sur le plan financier, ni sur le
plan sanitaire. Au contraire, en renforçant
la maîtrise comptable, on
rigidifie et on raréfie l'offre de soins.
A cet égard, la France devrait tirer les
leçons de l'expérience britannique.
Car à terme, on pourrait assister à
une aggravation des pénuries qui
commencent déjà à apparaître, et à
un rationnement plus strict de l'accès
aux médicaments. ¦