Le CAC 40 et les vertus anticipatrices de ses moyennes mobiles
Par ERIC DADIER, Président de l’Institut de l’épargne immobilière
et foncière, Administrateur de la Fédération française
des clubs d’investissement
N’en déplaise aux tenants de la modélisation
et à tous ceux qui prétendent
que tout se maîtrise, il n’y aura jamais
de recette infaillible pour deviner à coup sûr le sens
des mouvements de cours de Bourse. La part de la
psychologie dans le comportement des marchés financiers
est telle qu’il est dangereux de trop compter sur
les éléments rationnels et fondamentaux pour croire
à une hausse lorsque l’ambiance est à la déprime
ou, au contraire, à une baisse lorsque le climat
est euphorique. Il ne suffit pas d’être convaincu
qu’une valeur est injustement bradée eu égard
à la qualité et à la solidité financière du groupe
qu’elle représente pour être sûr que son cours va se
redresser rapidement. C’est seulement avec le temps
que la situation se décante, se normalise et que les
erreurs de jugement sont progressivement rectifiées.
En période de crise, même les plus belles affaires sont
maltraitées, voire massacrées, comme si les opérateurs
boursiers redoutaient des faillites en chaîne ou au
moins des difficultés telles qu’elles obligent la plupart
des sociétés, y compris celles réputées les mieux
gérées et les moins fragiles, à procéder dans la précipitation
à des opérations de recapitalisation extrêmement
dilutives pour les actionnaires. Temple des
regrets, la Bourse est aussi celui des excès en tous
genres. En cette période de grave récession, ces exagérations
sont évidemment commises à la baisse et
il en sera malheureusement ainsi tant que la confiance
ne sera pas rétablie sur les marchés.
Lorsque la visibilité est mauvaise, en particulier sur
les perspectives d’activité et de résultats, les opérateurs
se réfugient dans l’analyse technique pour tenter
de détecter des signaux susceptibles de les guider
dans leurs choix. Las ! Cet outil d’aide à la décision
très séduisant, fondé sur l’évolution des indices, des
cours et des volumes de transactions, n’est pas d’une
précision exemplaire. A partir d’un même graphique,
les diagnostics peuvent en effet être diamétralement
opposés, car chacun voit midi à sa porte en fonction
de ses propres convictions et de sa façon d’interpréter
les figures, canaux, corridors, triangles, chandeliers
et autres drapeaux. Loin d’être parfaite, l’analyse
technique peut même être à l’origine d’opérations malheureuses
et de grosses déconvenues si elle n’est pas
maniée avec précaution.
Malgré tout, elle a le mérite d’exister. Des acteurs
capables de peser d’un grand poids sur le marché la
jugent même incontournable et s’en servent comme
d’une arme très efficace. Il faut admettre qu’elle peut
donner de précieux signaux d’achat ou de vente, du
moins tant que ces derniers ne sont pas brouillés par
des éléments perturbateurs imprévisibles, comme un
événement géopolitique majeur, un scandale financier,
une opération de marché inattendue ou encore
un avertissement sur les résultats d’une entreprise.
Quoi qu’il en soit, la lecture des graphiques d’indices
et de valeurs est toujours une source de renseignements
utiles tirés certes du passé mais qui peuvent
être précieux pour l’avenir.
Elle nous enseigne d’abord au premier coup d’oeil que
les grands mouvements de fond sont deux fois plus
rapides à la baisse qu’à la hausse. Ainsi, l’effondrement
boursier dû à l’éclatement de la bulle internet
a duré deux ans et demi en effaçant la totalité des
gains accumulés pendant près de cinq ans. De même,
il a suffi de vingt et un mois depuis la fin du printemps
2007 pour perdre tout le terrain qui avait été
reconquis au cours des cinquante mois précédents.
Seconde constatation : il n’est pas nécessaire d’être
expert en vagues d’Elliot pour se rendre compte que
les cycles longs de hausse ou de baisse ne
se font jamais sans à-coups : ils se décomposent
toujours en phases intermédiaires de
correction ou de rebond que chacun peut
essayer de mettre à profit pour procéder
selon le cas à des renforcements ou à des
allégements de position en vue de tirer
parti de la volatilité des marchés. Il convient alors
d’être très vigilant et réactif à l’achat comme à la vente
tant que l’on n’a pas l’assurance d’un changement de
cap majeur. Ainsi, au début du printemps 2002, on
avait pu croire que le pire était passé après l’impressionnante
chute des cours qui avait suivi le drame
du 11 septembre 2001. A Paris, le CAC 40 avait ainsi
rebondi de 35 % en six mois et personne ne songeait
alors à la menace, pourtant imminente, d’une nouvelle
vague de baisses meurtrière qui allait faire
reperdre à l’indice près de 50% pour le ramener
jusqu’à 2.403 point en mars 2003.
Où en est-on aujourd’hui ? Inutile de nier l’évidence :
l’indice de référence de la Bourse de Paris demeure
fondamentalement orienté à la baisse en dépit du net
sursaut observé depuis la deuxième semaine de mars.
Sa configuration technique a beau s’être un peu améliorée
ces dernières semaines, elle est loin d’être
idéale si l’on observe l’évolution de deux de ses
moyennes mobiles, celle à deux cents jours (MM
200) qui représente sa tendance de fond, et celle à
cinquante jours (MM 50), nécessairement plus réactive.
Lorsque tout va bien, en effet, comme ce fut le
cas jusqu’au début de l’été 2007, le CAC 40 se situe
logiquement au-dessus de sa MM 50, elle-même supérieure
à la MM 200, ces deux moyennes mobiles
étant, qui plus est, orientées
à la hausse. Or, une seule
condition était remplie le 21
avril, date de rédaction de
cette chronique : depuis le
1er avril, l’indice est repassé
au dessus de sa MM 50 qui
a pratiquement interrompu
son mouvement de baisse.
Du coup, l’écart négatif entre les deux moyennes
mobiles qui avait atteint quelque 940 points en
décembre dernier, un niveau sans précédent, s’est
réduit à environ 630 points. Mais le changement de
cap majeur tant espéré n’est pas encore en vue : le
CAC 40 reste largement au-dessous de sa MM 200 dont
l’évolution est toujours baissière. Il faut dire que la
gravité de la récession mondiale et l’absence totale
de visibilité sur les résultats à venir
des entreprises empêchent d’imaginer
pour le moment un rebond
solide et durable des marchés
boursiers. Certes, l’indice des quarante
valeurs phares de la Bourse
de Paris a réussi à franchir à plusieurs
reprises la barre psychologique
des 3.000 points depuis le
début du mois d’avril à l’occasion
de phases d’emballement dont le
marché a le secret. Mais chacune
de ces incursions au-dessus de ce
niveau symbolique a rapidement
déclenché des dégagements bénéficiaires
et provoqué une rechute. Ce qui traduit bien
la fragilité persistante de la tendance face à un environnement
toujours très préoccupant malgré quelques
signes d’amélioration à l’origine des dernières flambées
spéculatives.
La prudence reste donc de mise. En attendant le
grand retour des investisseurs à long terme que l’on
peut difficilement prévoir avant le second semestre,
les opérateurs doivent se contenter de tirer parti des
sursauts et des rebonds techniques, inévitables mais
limités dans le temps. Avec des objectifs qui ne soient
pas déraisonnables. L’analyse des chiffres d’affaires et
des résultats du premier trimestre 2009 dont la publication
vient de commencer aux Etats-Unis et va se
poursuivre jusqu’en mai en Europe sera sans doute
déterminante pour mesurer l’ampleur des dégâts provoqués
par la récession. Partout dans le monde, les
profits s’effondrent depuis le second semestre 2008
et vont continuer à s’évaporer au cours des six premiers
mois de 2009. Rien ne dit malheureusement que
le pire a déjà été anticipé et intégré dans les cours de
Bourse. Le danger d’une nouvelle phase de baisse profonde
ne peut donc être écarté dans les mois à venir.
Tout va dépendre de l’humeur, que l’on sait très volatile,
des opérateurs face à la dégradation des comptes
des entreprises. Soyons assuré que, une fois de plus,
le "la" sera donné par les places directrices que sont
les Bourses américaines.