Le 5 février dernier Aymeric Chauprade, géopoliticien français de renommée internationale était congédié du Collège Interarmées de Défense sur demande du Ministre de la Défense. Une décision exceptionnelle prise à la suite de la parution dans son dernier livre*, d’un passage dans lequel Aymeric Chauprade s’interroge sur ce qu’il présente comme « la thèse officielle » des attentats du 11 septembre. Très remonté, l’ex-directeur du cours de géopolitique au CID a décidé de poursuivre en justice Herve Morin. Aymeric Chauprade répond à nos questions et nous donne sa version des faits.
Comment avez-vous appris votre renvoi du Collège Interarmées de Défense (CID) ?
Par un ami qui m’a téléphoné sur mon portable, au Maroc où j’avais été envoyé en mission la semaine par le CID. La hiérarchie du CID ne m’a pas prévenu, pas plus que le cabinet du Ministre d’ailleurs. Cet ami a entendu à la radio la déclaration du ministre sur le porte-avion et il m’a appelé. Ensuite, c’est un journaliste de défense, très professionnel, Jean-Dominique Merchet qui m’a appelé.
Quels sont les reproches qui vous été formulés ?
Mon crime serait d’avoir osé présenter les thèses doutant de la version officielle du 11 septembre. L’article de Guisnel, journaliste peu scrupuleux, est évidemment malhonnête ; il fait mienne des phrases qui ne sont que la présentation des arguments de la thèse alter-complotiste. Je dis alter-complotiste car la thèse officielle n’est jamais qu’un complot, celui d’Al Qaida. Je revendique le droit d’avoir des doutes sur la version officielle, comme de très nombreux scientifiques aux Etats-Unis et dans le reste du monde et comme beaucoup de membres de la communauté du renseignement. J’ai suffisamment d’ancienneté à l’Ecole de Guerre (10 ans) pour vous dire que ces doutes sont partagés par beaucoup. Seulement notre pays n’a pas de véritable culture démocratique, il n’en a jamais eu d’ailleurs, ni sous l’absolutisme monarchique ni sous l’absolutisme républicain. Il est interdit de douter de dogmes.
Quelles suites juridiques allez-vous donner à ce renvoi ?
J’attaque le ministre Morin pour discrimination. Je suis éliminé purement et simplement des circuits d’expertise et d’enseignement du Ministère de la Défense (pas seulement le CID, puisque tous mes cours sont annulés partout) pour « hérésie intellectuelle ». Il est interdit manifestement de penser.
Votre renvoi pose-t-il selon vous le problème de la liberté d’expression des chercheurs ?
C’est évident. Il s’inscrit dans une dérive inquiétante visant à corseter la recherche dans le domaine historique et géopolitique. Tous les travaux qui désormais contredisent les dogmes du politiquement correct sont susceptibles de provoquer la mort sociale du chercheur.
Avez-vous reçu des soutiens de la communauté de la Défense ?
Innombrables. Cela fait une semaine que je mets un point d’honneur à répondre à chaque message téléphonique, sms, mail … Parmi ces soutiens il n’y a pas que des gens qui partagent mes analyses ou qui sont des fidèles lecteurs de mes livres. Ce qui est insupportable aux gens qui me soutiennent c’est ce verrouillage de la pensée, surtout quand il vient de gens qui n’en ont aucune, comme M. Morin. Il y a 2800 officiers français et étrangers qui ont réfléchi sur mon traité de géopolitique, depuis 10 ans. C’est modeste, certes, mais quel bilan M. Morin laissera-t-il lui ? De nouvelles coupes dans les budget de nos armées, un nouvel affaiblissement de celles-ci…
On vous reproche de présenter dans votre dernier livre « la thèse du complot » des attentats du 11 septembre avec beaucoup de complaisance, maintenez-vous votre position ?
J’ai choisi le domaine des idées et de la recherche et je ne me respecterai pas si je servais autre chose que ce je crois être la vérité. Je revendique le droit de douter mais je ne conclue pas dans mon ouvrage que la thèse alter-complotiste est la bonne. Je ne conclue pas, tout simplement, parce qu’un scientifique sérieux doit savoir ne pas conclure s’il n’est pas sûr, ni de la thèse officielle (qui émane quand même d’un Etat qui a menti a plusieurs reprises pour entraîner ses alliés dans la guerre) ni de l’autre thèse. En vérité je ne fais pas partie de ces experts si nombreux qui ont un avis définitif sur tout. Comme M. Guisnel, qui s’il est absolument certain de la manière dont les choses se sont passées le 11 septembre s’arroge le droit d’exécuter la position de quelqu’un qui ne fait que s’interroger.
Vous avez déclaré que votre renvoi était dû à l’activisme au sein de la Défense « d’un petit clan qui défend des intérêts américains", Qu’entendez-vous par là ?
La querelle qui m’est faite sur 10 pages d’un atlas géopolitique de 240 pages n’est qu’un prétexte pour éliminer quelqu’un dont les analyses sont en décalage avec le parti-pris d’un petit clan extrémiste à la fois pro-américain et pro-israélien, actif au cœur de notre système de défense et de politique étrangère. Ces gens, dont certains sont déjà identifiés, et qui agissent comme si leur séjour aux Etats-Unis les avait investis d’une mission, agissent sans doute sans l’aval de l’Elysée. Ce qu’ils font est d’ailleurs contreproductif pour le président lequel cherche à gommer son image d’atlantiste surtout à un moment où nous nous jetons corps et âme dans l’OTAN.
*Aymeric Chauprade Chronique du choc des civilisations, éd. Chronique, 240 pages.