Pierre Pascallon, Professeur agrégé de Faculté, Maire d'Issoire
On sait que dans les décennies d'après guerre - décennies 60-70-,
la dissuasion nucléaire est devenue la clef de voûte de notre
défense nationale.
Mais nous avons eu depuis les années 90, des modifications de
l'environnement international telles que, pour certains, notre
dissuasion nucléaire n'est plus pertinente et qu'il faut donc
désormais l'abandonner.
Ainsi en va-t-il, en particulier, pour nombre d'observateurs,
suite à l'irruption sur la scène internationale de l'hyperterrorisme,
avec les attentats du 11 septembre 2001. En effet, avec ces
attaques apocalyptiques du 11 septembre 2001, mais aussi celles
de Bali, Casablanca, Istambul, Madrid et Londres, le terrorisme
fondamentaliste transnational a fait son entrée comme "acteur"
majeur venant déjouer les règles traditionnelles du modèle de
relations "symétriques", pour nous faire entrer dans le nouveau
monde de "l'asymétrie". Or, dans ce nouveau cadre, l'arme nucléaire,
la dissuasion nucléaire, ne sont à leurs yeux que de peu d'utilité
- pour ne pas dire d'aucune utilité -. Comment brandir l'arme
nucléaire contre une nébuleuse d'entités interétatiques, sans
territoire, diffuse et protéiforme ?
Bref, soutiennent ces observateurs, il y a bien avec le terrorisme
international "délégitimation" croissante de la dissuasion nucléaire
; l'arme nucléaire est obsolète, vidée de son sens. Il faut
l'abandonner pour de bon.
Il est vrai que ce type de menaces n'est pas "dissuadable" ou
peu "dissuadable". Mais la menace terroriste n'est pas substituée
aux menaces stratégiques de nature étatique qui demeurent et
qui restent bien toujours "dissuadables".
On sait là aussi, suite aux bouleversements géostratégiques
des années 89-91, nombre de spécialistes des problèmes de défense
en vinrent à soutenir que notre dissuasion nucléaire était désormais
"ringarde". Ils crurent en effet possible de soutenir que la
dissuasion nucléaire est apparue avec la guerre froide ; mieux
à leurs yeux, le nucléaire est identifié à l'affrontement de
la guerre froide, aux menaces de l'ordre bipolaire Est-Ouest.
Avec la disparition de l'ordre bipolaire et de la guerre froide,
il n'existe plus de menaces telles qu'elles justifieraient l'emploi
de l'arme ultime qu'est l'arme nucléaire, ou plutôt la menace
de son emploi.
L'existence de notre nation n'étant plus menacée, ni par un
Etat, ni par un système, la dissuasion n'a plus raison d'être.
A preuve, ajoutent-ils, les conflits récents de la décennie
90 et du début de la décennie 2000 qui ont été des conflits
dénués de toute dimension nucléaire. Reste pourtant - nous semble-t-il-,
pour aujourd'hui et pour demain, la perspective de menaces étatiques
traditionnelles majeures qui demeurent susceptibles d'être "traités"
par la dissuasion nucléaire.
Et d'observer en ce sens que - face à ces menaces incertaines
et imprévisibles de demain - aucune des grandes puissances actuelles
n'envisage de se séparer complètement de son arsenal nucléaire
; mieux toutes ces grandes puissances - selon des modalités
variées (Washington, Moscou, ...) continuent à le moderniser
; et d'observer pareillement - dans le même sens - que toutes
les puissances "émergentes" - à vocation régionale voire mondiale
- cherchent à se doter de l'arme nucléaire : la "marche" vers
le nucléaire, mieux, la "course" au nucléaire se poursuit, voire
s 'amplifie.
En effet, tant que le monde restera dangereux - et il y a bien,
malheureusement, constance, permanence des affrontements, des
luttes et des conflits : les "conflits sont le monde" (1) -
tant que, dans ce contexte, l'arme nucléaire apparaîtra comme
le système d'armes supérieur à toutes les autres, le plus "efficace"
si j'osais dire, en terme de capacités de destruction, mais
aussi comme l'instrument de souveraineté et d'indépendance,
de puissance et de pouvoir..., il est exclu qu'un désarmement
nucléaire généralisé puisse être réalisé. Et par la même, on
peut avec quelque assurance soutenir que l'arme nucléaire, la
dissuasion nucléaire, resteront donc demain - même si leur légitimité
ne paraît pas, ne paraît plus, à certains, aussi forte que par
le passé - au coeur des relations internationales et conserveront
leur fonction d'"ultima ratio". Et donc, comme l'a rappelé Jacques
Chirac dans son allocution à Brest, le 19 janvier 2006, "face
aux inquiétudes du présent et aux incertitudes du futur, la
dissuasion nucléaire demeure la garantie fondamentale de notre
sécurité".
(1) D. David : "Le monde de l'après guerre froide. Conflictualité,
menaces et asymétrie", dans P. Quilès et A. Novosseloff : Face
aux désordre du monde, Edition Campoamor, 2005, p.173