Face à une écologie purement
dénonciatrice, il faut promouvoir et encourager une écologie
réparatrice
Claude Allègre, Professeur émérite à l'Institut de Physique
du Globe de Paris, Ancien Ministre de l'Education nationale*
L'écologie est politiquement et philosophiquement une question
sérieuse. L'Homme produit par la nature, fruit d'une improbable
évolution, s'est multiplié si vite, s'est développé si vite
que son activité met en péril les équilibres (ou plutôt les
pseudo-équilibres naturels). La croissance de la population
mondiale et sa concentration dans les villes n'y est pas étrangère.
La course à la productivité effrénée et du productivisme sans
limite non plus.
L'eau, l'air, les sols sont pollués ou menacés, les ressources
naturelles s'épuisent, et le climat lui-même est perturbé.
Cet état de fait qui ne peut échapper a aucune personne de bonne
foi et bien informée a été capturé, séquestré, monopolisé par
un clan, une catégorie, une secte que j'appelle, après Georges
Charpak, la secte verte. Sa doctrine est simple. La Nature est
sacrée.
L'Homme en polluant la Nature, en mettant en jeu ses mécanismes
fondamentaux a commis un pêché. "Il a touché au sacré" comme
dit le "druide", Nicolas Hulot. À partir de là, une seule solution
pour obtenir la rédemption : la punition. Comme l'homme qui
a gâché le paradis terrestre en commentant le pêché originel,
l'homme moderne a osé modifier la Nature. Une seule solution,
il doit être puni. Et quelle est la meilleure punition ? C'est
de renoncer à ce qui permis son essor, son développement, sa
domination sur le monde : la croissance. L'écologie est l'ennemie
de l'économie ! Croissance zéro - progrès à arrêter, voilà le
programme.
Arrêt de l'énergie nucléaire, interdiction des OGM, des cellules
souches, bref arrêt du progrès.
Le savoir est un danger car il est plein d'incertitudes !
Au-delà du progrès scientifique, il y a les progrès techniques
assimilés au capitalisme, au profit, au productivisme.
En développant une vision manichéenne du monde avec d'un côté
les riches pollueurs, et de l'autre les pauvres pollués, les
partis écologiques ont tout mélangé et pour finir, tuer le noble
combat qui est celui de l'écologie.
La sagesse populaire, qui y voit clair à sanctionner sévèrement
cette attitude régressive : 1% à la dernière élection présidentielle
! En face de cette attitude du déclin, de l'abandon, de la décroissance
et donc finalement de la fugacité qui masque mal le mot misère,
j'ai pensé qu'il fallait bien réagir.
En face d'une écologie purement dénonciatrice, j'ai pensé qu'il
fallait promouvoir, encourager une écologie réparatrice. Loin
de l'attitude "business as usual" et de la négation des risques
que court la planète, nous voulons prendre acte de ces menaces
mais faire de leurs solutions les moteurs de la croissance et
du développement.
Ceci nécessite d'abord une analyse solide des divers problèmes
qui se posent dans les relations hommes-planètes en évitant
de tout mélanger (ce qui conduit à tout masquer) : les ressources
en eaux, la détérioration de l'océan, le traitement des déchets
urbains, le changement climatique, l'usage des OGM, des cellules
souches, l'énergie, etc....
Il faut examiner ces problèmes régions par régions, cas par
cas. À partir de là, développer les technologies nécessaires
à résoudre ces problèmes et faire de ces développements technologiques
des moteurs puissants de croissance : stockage, transport et
purification de l'eau, dépollution de l'océan, recyclage des
déchets urbains, prévention contre les inondations en aménageant
le territoire et en désensablant les rivières, séquestration
du Co2, développement des véhicules hybrides et électriques,
développement des centrales nucléaires de quatrième génération,
mise en place des petites unités de production d'électricité
à partir des piles à hydrogène, mise au point des OGM permettant
de se passer d'insecticides, de pesticides, d'engrais et utilisant
moins d'eau. Tout cela rentrant dans un circuit économique dans
lequel l'innovation et la valeur ajoutée intellectuelle va devenir,
et est déjà ! le facteur de croissance essentiel.
A une économie d'exploitation des matières premières sans discernement
et avec gaspillage, nous devons substituer une économie du recyclage
des ressources rares dans laquelle le facteur de croissance
sera l'accroissement de la connaissance.
Nous défendons ici la démarche qui consiste à reconquérir l'écologie
pour le bien de la Société, en respectant la Nature, mais en
considérant que notre priorité doit être l'homme.
* Vient de publier : Ma vérité sur la planète - Plon/Fayard