Quelles
techniques d'avenir pour la gestion des déchets ?
Par Jacques Pélissard, Député-maire de Lons-le Saunier,
Président de l'Association des maires de France (AMF) Président
du Conseil National des Déchets
Quels enjeux d'avenir pour la gestion des déchets ? Cette question
précède nécessairement la question des techniques.
La prévention constitue sans doute le premier enjeu d'avenir,
en amont de la collecte et du traitement. Comment : par le développement
de l'éco-conception dans les entreprises et par l'éducation
à l'éco-citoyenneté du public, par une approche globale des
problématiques environnementales : si l'eau distribuée par la
Commune est de bonne probabilité, il y a moins de déchets d'emballage
dans nos poubelles !
Viennent ensuite l'énergie, à la fois pour la collecte, consommatrice
d'énergie, et le traitement, potentiellement producteur d'énergie,
la réduction des émissions de gaz à effet de serre et la valorisation
organique, même dans un pays comme la France où la biomasse
se renouvelle dans de bonnes conditions. Une étude conduite
dans mon département du Jura avait montré il y a quelques années
que la consommation de carburant variait dans un rapport de
1 à 4 pour la même tonne collectée dans des secteurs géographiquement
comparables ! Des gisements importants d'économie existent pour
la collecte, en fonction:
des équipements de pré-collecte. Pourquoi collecter des
bacs vides ?
des circuits. Modifiables par GPS en temps réel,
des fréquences, qui souvent peuvent être allégées
de la conduite par les agents,
En matière de traitement, en complément du stockage, avec valorisation
du biogaz, du tri, de plus en plus automatisé, et de l'incinération,
avec valorisation énergétique maximale, devraient se développer
1) les pré-traitements biologiques-mécaniques, chaînon manquant
entre les déchets résiduels riches en matière organique et les
traitements ultimes, qui permettent de réduire les tonnages
en limitant les émissions de gaz à effet de serre, d'une part,
2) la méthanisation, mieux adaptée aux grandes quantités, d'autre
part sous contrôle de l'ADEME, en charge de l'évaluation de
procédés émergents.
N'ayant pas assez de recul sur d'autres modes de traitement,
thermolyse, lit fluidisé, … l'effort de recherche doit être
poursuivi, y compris par des expérimentations à grande échelle,
collectivement assumées. Un programme de recherche de trois
ans sur " la recirculation des lixiviats " se termine par exemple
sur le Centre de Stockage du Jura, qui permettra d'en savoir
plus sur "l'exploitation en bioréacteur".
Depuis 10 ou 15 ans, les connaissances dans ce domaine ont fait
un bon spectaculaire. Mais si on sait généralement quoi faire
aujourd'hui, on ne sait pas toujours comment le faire, d'autant
moins que le champ d'investigation est immense et qu'on ne peut
pas tout tester en laboratoire. Les conditions de l'expérimentation
la plus large doivent donc rester ouvertes aux collectivités
qui assument cette vocation de pionnier dans l'intérêt général.
La prochaine loi devra en tenir compte si elle doit exprimer
comme je le pense une ardente ambition collective pour faire
face au défi des sociétés modernes : la gestion responsable
de leurs déchets.