Par Nathalie Kosciusko-Morizet,
Députée de l'Essonne, Rapporteur de la Charte de l'environnement,
Présidente de l'association "consodurable"
Le développement durable est à la mode. Et bientôt, si nous
n'y prenons pas garde, il aura été à la mode. Ce beau concept,
vertu d'équilibre, tentative de conciliation et de réconciliation
des exigences du monde contemporain, est exposé à un risque
majeur : la lassitude. Pour l'éviter, une seule solution : fuir
l'incantation, et incarner le développement durable dans des
gestes très pratiques, très quotidiens, ceux du consommateur
que nous sommes tous.
De quoi s'agit-il ? Simplement prendre conscience que tout produit,
tout objet, a une histoire, qui emporte des conséquences. Qu'au
delà des caractéristiques physiques, des performances techniques,
un produit, c'est aussi les conditions sociales et environnementales
dans lesquelles il a été fabriqué et dans lesquelles il sera
éliminé. Et ainsi, lorsque nous l'achetons, nous achetons le
monde qui va avec. Lequel n'est pas toujours indiqué sur l'étiquette,
pour dire les choses crûment.
A nous donc, de transformer notre acte d'achat, à priori aveugle,
en acte responsable. Et notre pouvoir d'achat, en pouvoir d'influence.
C'est notre responsabilité. C'est le sens du mot "consom'acteur",
un néologisme qui dit bien les choses.
C'est ici une invitation à évoluer, chacun à notre rythme, chacun
avec nos priorités, nos préoccupations, nos centres d'intérêts
particuliers. Les entrées dans ce sujet complexe sont multiples
: éthique, santé, environnement, militantisme, plusieurs chemins
mènent à la consommation responsable. Réfléchir à nos pratiques
de consommation - avons-nous besoin de lingettes pour tout ?
ce produit a-t-il vraiment besoin d'être emballé de quatre couches
successives ? nous informer sur les marques, sur les produits,
sur les matériaux - lorsqu'il faut opter pour un plastique,
préférons les objets en polypropylène, recyclable, à ceux en
PVC - ; choisir, ou à tout le moins nous poser la question du
recyclable et du recyclé - à quoi sert, en effet, de trier,
si nous ne participons pas à l'ensemble de la filière en utilisant
les produits en matériaux recyclés ?- ; tels sont quelques unes
des nombreuses fenêtres ouvertes sur le monde de la "consom'action".
J'insiste sur ce point, les chemins sont multiples. A chacun
la responsabilité de tracer le sien. Il n'est pas indispensable,
du jour au lendemain, d'acheter tout en bio ou en commerce équitable,
de déménager dans une maison solaire, et de circuler exclusivement
à vélo. Le développement durable est un projet pour chacun,
et la consommation responsable, l'une de ses déclinaisons pratiques.
Un projet à partager, en famille, en vacances, entre amis.
Ce qui compte, c'est bien que dans chaque occasion, sur chaque
sujet, il y a des gestes positifs à rechercher, des produits
à préférer. Fournitures scolaires - quel grammage pour les cahiers
? la colle est-elle bien sans solvant ?-, achats alimentaires,
produits d'entretien - et si on pensait éco-labels ?-, jouets
pour Noël, les exemples foisonnent. Et ce n'est pas nécessairement
plus cher.
Inviter à la réflexion, proposer quelques actions pratiques,
accompagner et faire connaître les entreprises et les produits
qui jalonnent ces chemins, tel est l'objet de l'association
consodurable et de son site internet www.consodurable.org. Elle
développe pour ce faire des partenariats avec tous les acteurs
de bonne volonté, associations, entreprises et institutions.
Pour que ce formidable pouvoir d'influence qui est celui de
la consommation ne soit pas perdu pour le développement durable.
Pour que la Charte constitutionnelle de l'environnement, son
article 2, "Toute personne a le devoir de prendre part à la
préservation et à l'amélioration de l'environnement", son article
8, "L'éducation et la formation à l'environnement doivent contribuer
à l'exercice des droits et devoirs définis par la présente Charte"
ne soient pas de vains mots, mais bien une promesse de responsabilité
partagée et assumée, pour l'avenir. www.consodurable.org