Arcelor, numéro un de l'acier en Europe : "Une politique volontaire, déterminée et claire en faveur de l'environnement "
Un entretien avec Jean-Yves Gilet,
Directeur Général d'Arcelor, Président d'EPE
Arcelor est né de la volonté de trois acteurs européens,
Aceralia, Arbed et Usinor de créer un leader mondial, avec l'ambition
de s'affirmer comme une valeur de référence autour d'un projet
commun dans l'industrie de l'acier. Annoncée le 19 février 2001,
la création d'Arcelor s'est concrétisée un an plus tard, le
18 février 2002, avec la cotation en bourse du nouveau Groupe.
Employant plus de 90 000 personnes dans le monde, Arcelor est
le premier sidérurgiste mondial avec une production de 44 millions
de tonnes d'acier et un chiffre d'affaires en 2003 de 26 milliards
d'euros.
L'Acier est au coeur de notre société mais sa production
entraîne des émissions importantes de gaz a effet de serre qui
représentent un grand défi sociétal. Comment Arcelor fait-elle
face à ce défi ?
L'image d'Epinal d'une industrie sidérurgique polluante appartient
au passé, notamment parce que nous avons pris au sérieux ce
sujet depuis plusieurs années. La protection de l'environnement
et des ressources naturelles est un des principes de responsabilité
d'Arcelor et à ce titre un élément fondamental de la politique
de développement durable. Le Groupe intervient de façon volontaire
en privilégiant une démarche proactive. La limitation des émissions
de gaz à effet de serre témoigne de notre engagement. Entre
1990 et 2002, l'ensemble du secteur sidérurgique a baissé de
18% ses émissions de CO 2 par tonne d'acier produite. Sur la
même période Arcelor a enregistré une baisse de 23%.
Au-delà du respect de l'environnement, notre politique de développement
durable est un outil de compétitivité de plus en plus reconnue
par nos stakeholders (actionnaires, salariés, clients, fournisseurs).
La réputation de l'entreprise se construit aujourd'hui par rapport
aux gages de confiance qu'elle peut donner en matière de développement
durable. Une politique volontaire de réduction des risques,
étendue aux fournisseurs et aux sous-traitants de l'entreprise
génère de la valeur à long terme.
Le souci de préserver son environnement conduit l'entreprise
à réaliser plus d'innovations et à faire preuve de plus de créativité.
Par exemple, la conception de solutions acier plus respectueuses
de l'environnement crée de la valeur pour Arcelor mais aussi
pour ses clients comme par exemple l'allègement des carrosseries
automobiles ou des boîtes-boissons.
Je rappelle par ailleurs que l'acier est non seulement recyclable
mais aussi le plus recyclé des matériaux : 45% de notre production
est faite à partir de ferrailles.
Le développement de ces nouveaux produits est conditionné en
amont par l'amélioration de la qualité de nos procédés et de
leurs performances. Chaque année, entre 5 et 10% de nos investissements
sont consacrés directement au respect de l'environnement.
Pour autant, certains choix européens vous inquiètent. Expliquez-nous
cela ?
L'industrie dans son ensemble est prête à s'engager dans la
lutte contre les émissions de gaz à effet de serre ; et elle
s'engage concrètement. Sa position est simple : nous sommes
en faveur de l'application du protocole de Kyoto, mais sous
certaines conditions. Notre engagement, visible et volontaire,
ne peut s'exercer que dans des conditions économiques acceptables,
tenant compte des réalités industrielles et de la concurrence
internationale.
En introduisant un recours devant la Cour de Justice européenne
contre la directive "Emission trading", Arcelor a choisi de
dénoncer non pas le principe de cette directive, mais ses modalités
d'application : par exemple, en fixant des droits d'émissions
par pays, la directive européenne complique l'optimisation entre
les différents sites du Groupe et s'inscrit en contradiction
avec la notion de groupe européen. Autre point, nous estimons
que la directive ne tient pas assez compte des efforts déjà
accomplis. Enfin, l'Europe est la seule dans le concert mondial
à s'appliquer de telles contraintes qui peuvent fortement nuire
à la compétitivité de son industrie.
Qu'en est-il de la poursuite de vos efforts ?
Les usines d'Arcelor en France et en Europe sont au meilleur
niveau. Mais, il faut le reconnaître, la technique a des limites.
Il n'y a pas dans l'état actuel des technologies d'évolutions
majeures à apporter dans nos installations. Il ne peut s'agir
que de progrès de faible ampleur.
Pour autant nous n'abandonnons pas. Nous participons au projet
ULCOS (Ultra Low CO2 Steelma-king), un ambitieux programme de
recherche européen qui vise à explorer de nouvelles pistes d'amélioration
technologique, mais dont les retombées ne sont pas attendues
avant plusieurs années.
Mais alors, qu'attendez-vous aujourd'hui ?
On ne peut pas dissocier économie et environnement parce que
l'environnement est un facteur de compétitivité : nos produits
constituent des réponses en matière d'environnement pour nos
clients.
D'une façon générale, et pas seulement en matière de CO2, nous
souhaitons développer un partenariat encore plus poussé avec
tous les stakeholders dont les Pouvoirs Publics. Pour cela,
nous avons besoin de visibilité et de stabilité. Prenons l'exemple
des quotas, cela fait trois ans qu'il en est question, cinq
ans concernant la directive, et à un mois du lancement de la
première période, nous n'avons toujours pas l'allocation précise
des quotas. Nous vivons dans un système d'incertitude qui est
préjudiciable surtout pour une industrie qui planifie ses investissements
pour le long terme.
Nous déployons tous nos efforts pour que cette notion de partenariat
puisse se développer, cela nécessite une compréhension mutuelle
des enjeux des uns et des autres.