L'Equitation,
premier sport féminin français
Un entretien avec JACQUELINE REVERDY, Présidente de la Fédération
Française d'Équitation
Vous êtes présidente de la FFE depuis 5 ans. Une femme présidente
d'une fédération sportive, qu'est-ce que ça change ?
La FFE est la seule fédération olympique française à avoir une
femme à sa tête. Ce n'est pas choquant, bien au contraire, dans
la mesure où la fédération compte 75% de femmes. Mais une femme
à la tête de la fédération devait être la présidente de toutes
les tendances, car suite à la fusion (avant décembre 2000, nous
étions une confédération), ont été rassemblés des gens qui s'étaient
combattus pendant de nombreuses années. Or les femmes, de manière
générale, sont plus consensuelles, essaient toujours d'apaiser
les conflits. Mais attention, quand il faut se bagarrer, j'y
vais aussi ! Il ne faut pas non plus se laisser faire. Les femmes
facilitent la bonne entente, elles essaient de trouver des solutions
avant de rompre définitivement.
Avez-vous le sentiment d'avoir dû vous battre plus qu'un
homme pour arriver à ce poste ?
Je n'ai pas eu ce sentiment pour arriver à ce poste, mais plutôt
une fois élue : lorsque j'ai eu des adversaires, car on en a
toujours quand on occupe ces postes là, c'est vrai qu'ils ont
osé m'attaquer beaucoup plus durement parce que j'étais une
femme.
Les femmes sont largement représentées dans les compétitions,
mais, comme dans la plupart des domaines, pour le haut niveau,
les hommes sont largement majoritaires. Comment expliquez-vous
ce phénomène dans le cas de l'équitation ?
Nous n'avons pas vraiment d'explication, mais c'est vrai que
pour le haut niveau (mis à part l'équipe de France où il a encore
des filles), correspond à l'âge, entre 20 et 25 ans, où les
filles se marient ou ont des enfants. Elles abandonnent alors
souvent la compétition. On peut donc imputer cette inégalité
en partie à la maternité. Les femmes reviennent parfois plus
tard, cependant le retard est souvent difficile à rattraper.
La plupart des femmes qui se sont maintenues dans le haut niveau
n'ont pas eu d'enfants. Elles doivent choisir, et ce choix est
très difficile.
De quelle manière tentez-vous d'enrayer ce phénomène ?
Nous les encourageons individuellement à revenir. Par exemple
en saut d'obstacle, nous avons eu une cavalière junior à poney
ou à cheval qui fait des merveilles, Eugénie Legrand. Elle a
eu des enfants et fait maintenant un retour en équipe de France.
Toutefois dans notre sport, il faut non seulement la motivation
mais également disposer du cheval. Ce n'est pas évident d'avoir
une monture de ce niveau là. Nous essayons en priorité de constituer
une équipe de France solide. Nous avons essayé avant tout, avec
les entraîneurs, de créer un esprit d'équipe au sein de l'équipe
de France et je crois qu'on a bien réussi. Il faut que les cavaliers
courent pour l'équipe, c'est très important.
Il est certains que pour les journalistes, c'est très séduisant
d'interviewer des filles car elles sont plus "people" que les
hommes, se prêtent davantage au jeu de la médiatisation. Elles
acceptent plus volontiers de livrer ce qu'elles pensent. Quels
sont les atouts des cavalières ? Je raisonne à titre très général
bien sûr, mais elles ont un peu plus de "psychologie animale".
Elles ont une approche plus douce et essaient d'obtenir du cheval
qu'il cède non pas par la contrainte mais par la persuasion.
Mais les hommes en équipe de France doivent également communier
avec leur monture, sinon il ne peut y avoir de performance.
Toutefois il est vrai que dans les compétitions de tous niveaux,
j'observe que les hommes utilisent davantage la force.
Quels sont les projets qui vous tiennent à coeur ?
Le Pôle France Handisport Équitation est déjà bien installé
à l'Ecole Nationale d'Équitation, et il marche très fort. Mais
le projet que je n'ai pas encore pu réaliser et qui me tient
beaucoup à coeur est une maison du cheval qui regrouperait toute
la filière, aussi bien les courses, que les haras nationaux,
les conseils des chevaux, la FFE… Sinon après la réforme statutaire
il y aura des élections et il faudra repartir sur une nouvelle
olympiade. Nous tenterons de conforter encore le succès de notre
sport. En 2004 on a eu une croissance de 5% d'adhérents, ce
qui est très bon dans le contexte actuel. De plus nous avons
d'excellents résultats pour le haut niveau mais maintenant,
nous essayons de développer le rôle social du cheval dans la
société. Nous avons eu la grande chance d'avoir des ministres
attentifs à notre activité, que ce soit le ministre des sports,
des finances, de l'agriculture. Ainsi le cheval se trouve au
coeur de la loi sur la ruralité dont on parle beaucoup.
Quel va être le rôle du cheval dans cet aménagement du territoire
?
C'est un axe très important. Le cheval est très proche des gens.
Très présent dans les spots publicitaires, le cheval véhicule
une image d'évasion, de rêve, de développement durable, mais
également du respect de l'autre, de la courtoisie et de toutes
les valeurs du sport qu'on doit ré inculquer pour réhabiliter
la vie en société. C'est vrai qu'on a plutôt à ce jour tendance
à transgresser les règles. Je pense que développer le rôle du
cheval serait une piste intéressante pour redonner aux jeunes
le sens de l'effort, du dépassement de soi. Le cheval pourrait
également constituer un des éléments de lutte contre la violence
dans les quartiers difficiles. On a déjà mis en place des poneys
clubs itinérants qui vont au pied des tours dans les quartiers
difficiles qui font monter les enfants gratuitement. J'ai moi-même
un été animé un camp où l'on faisait monter de jeunes délinquants,
et j'ai constaté que plutôt que d'être brutal, la première envie
de ces jeunes était plutôt de caresser l'animal. L'équitation
peut donc canaliser une certaine forme d'agressivité. Tout cela
nécessite l'aide financière des collectivités territoriales.
La Mairie de Paris nous a soumis l'idée d'un partenariat à partir
de la rentrée prochaine pour mettre en place pendant trois mois
des poneys clubs dans les quartiers difficiles. Nous allons
surtout faire venir des enfants dans le cadre scolaire. Faire
venir le cheval dans la cité permettra de redonner un peu de
bonheur et un avant-goût de nature à des enfants qui souvent
n'ont pas la possibilité de partir, les fermes des grands-parents
se raréfiant. Le cheval dans la ville, correcteur d'inégalités
sociales, est un nouvel axe très prometteur.
Mais aujourd'hui, nous sommes en pleine préparation des Jeux
Olympiques et nous faisons en sorte de rapporter des médailles
à la France, ce qui serait une juste récompense pour les cavaliers
et les entraîneurs qui s'y préparent avec beaucoup de sérieux.
Le saviez-vous ?
Seule Fédération olympique présidée par une femme, Jacqueline
Reverdy.
En 4ème rang des Fédérations olympiques en nombre de
licenciés (après le football, le tennis et le judo).
Progression des adhérents d'environ 4% chaque année.
5 652 adhérents à la FFE (dont 4200 établissements équestres)
463 000 licenciés en 2003 (dont 85 000 en compétition). 130
000 chevaux dans les clubs
75% de femmes, (le premier sport féminin français) 68%
de jeunes de moins de 18 ans.
L'équitation, pratiquée par 1,5 million de Français.
10 000 emplois dans les établissements équestres
50 000 bénévoles
2000 organisateurs d'épreuves
4800 concours et près d'un million d'engagements en compétition
10 millions d'euros de dotation annuelle
25 titres européens ou mondiaux en cours des deux dernières
années.
La FFE, organisatrice depuis 2003 de la Journée Nationale
du cheval.
La FFE, une Fédération qui s'implique : partenaire du
Téléthon, de "l'opération des enfants autistes " avec le CSI
de Paris…