La
Santé : une vocation pour les femmes ?
Les femmes occupent la majorité des emplois sanitaires. Comment
expliquer une telle implication ? La Revue Parlementaire a laissé
la parole à deux femmes qui ont fait de la santé leur principal
combat.
Par MARTINE JAMBON, Secrétaire Générale de l'association "Hôpital
2000"
Prendre en compte le malade dans son individualité
J'ai toujours agi au sein de petites structures, car ce qui
compte pour moi c'est d'être efficace, d'agir au niveau local.
Dès 1984, j'ai créé l'ALEC (Association de Lutte Etudiante contre
le Cancer), en 1994 l'association "Art Humanitaire", en 1995
ce fut le tour de "Coeurs de Mères", en 1999, "Hôpital 2000"
pour vaincre la douleur en Rhône-Alpes, en 2000 l'ACDP (Association
pour le Contrôle de la Douleur des Patients), puis en 2004 "Hôpital
2000" pour vaincre la douleur en France. Dans le cadre de "Coeurs
de Mères", je vois ne serait-ce que sur Lyon des jeunes fille-mères
en grande détresse, se trouvant dans une situation impensable
pour un pays comme la France. En outre "Hôpital 2000", dont
je suis actuellement secrétaire générale, a déjà permis de financer
des centaines de pompes à morphine. En France, en 2004, on estime
qu'il manque encore 5000 pompes à morphine dans les établissements
de soins ! Et pourtant, soulager le patient, c'est possible
! La prise en charge de la douleur reste une priorité de santé
publique. Certes les pouvoirs publics ont cherché à rattraper
leur retard, mais malheureusement, il faut au moins une génération,
c'est-à-dire 20 ans, pour faire bouger les choses : on ne règle
pas les problèmes à coup de décret. Il est de toutes façons
aberrant de laisser la loi décider pour le patient : il s'agit
d'un choix personnel, et le malade est tout à fait capable de
décider. Mon association lutte pour faire entendre que le malade
est une personne comme les autres, ne vit pas en marge de la
société et a droit à une certaine qualité de vie. Le malade
est une personne à part entière et il peut tout à fait décider,
quel que soit son âge. Il a le droit à la dignité. Il faut prendre
en compte les malades dans leur individualité.
Par le Professeur FRANÇOISE LUNEL- FABIANI, Femme Médecin
et Chercheur
Le désir de lutter contre l'injustice permet aux femmes de trouver
les ressources nécessaires pour avancer
La femme soignante fait partie intégrante de toutes les cultures.
Longtemps, elle s'est cantonnée au rôle d'infirmière. Aujourd'hui,
les étudiants en médecine sont en majorité des femmes. En revanche,
les directions des services hospitaliers, les grandes chaires
des Facultés de médecine et les dirigeants des laboratoires
de recherche sont presque toujours à dominante masculine.
Pour les patients, la femme, dans son rôle de mère et/ou de
compagne, est souvent plus compréhensive. La plupart d'entre
eux souhaitent être pris en charge par des femmes médecins.
La volonté chez une femme de privilégier l'écoute, les soins
et le respect du patient fait que souvent, dans un monde d'ambitions,
son mérite n'est pas reconnu : elle s'implique davantage sur
le terrain et semble plus motivée pour approfondir un problème.
Pourquoi y a-t-il de plus en plus des femmes dans la recherche
? Il faut s'interroger sur le destin des femmes : ne sont-elles
pas le reflet du questionnement humain qui est moteur de la
recherche ?
Fille d'un médecin passionné par son travail, par le désir de
soigner, d'aider et toujours curieux des nouveautés. J'ai eu
la chance d'être aidée dans ce métier et d'avoir un modèle.
Je travaille sur les maladies infectieuses et, en particulier,
les infections sexuellement transmissibles. Ces maladies sont
devenues, aujourd'hui, un fléau mondial qui pour être combattu
efficacement, doit rassembler toutes les bonnes volontés : au
premier plan : épidémie de sida, hépatites virales, progression
exponentielle des autres MST que l'on croyait en régression.
Les nouveaux cas de syphilis que l'on observe aujourd'hui remettent
en question notre système de santé publique, en particulier
dans le domaine de la prévention. Le sida ne fait plus peur
: en raison des progrès thérapeutiques, il est presque banalisé.
Les femmes doivent contribuer à la diffusion de messages de
prévention forts. Elles ont su sortir de l'univers dégradant
où elles avaient été enfermées au début du XX ème siècle qui
les avait diabolisées et rendues responsables de la progression
de la syphilis. Au XXI ème siècle, elles portent des projets
innovants où le savoir, le travail, l'optimisme et l'enthousiasme
sont les ingrédients de la réussite.