Écrire l'histoire de la moitié de l'humanité en quelques
lignes est un travail pharaonique... Pourtant, les femmes n'ont
commencé à devenir un objet d'étude historique à part entière
en France qu'à partir des années 1960.
Dans la Grèce Antique, les femmes sont reléguées au rang de
"race des femmes" maudite et dangereuse. Exclues de la vie politique
dès la fondation d'Athènes, elles mettront plusieurs millénaires
à retrouver leurs droits politiques ! A Rome, sous l'Empire,
elles sont considérées comme la source d'une décadence sans
cesse déplorée et constituent un sujet de prédilection pour
la plume acerbe d'un Juvénal.
La tradition judéo-chrétienne a certes accordé une âme à tous,
même aux femmes, mais érige Ève en incarnation de la tentation.
L'image du Mal féminin perdure, l'Occident se persuade que la
sorcellerie est intimement liée à la nature féminine. Certes
à l'écart des bûchers qui brûleront jusqu'au XVIIIème siècle
on se prête aux jeux courtois. Mais l'ère de la courtoisie,
à partir du XIIème siècle place la dame au centre du jeu amoureux
et chevaleresque, n'était-elle pas l'enveloppe d'une subordination
inchangée ?
Dans les sociétés modernes, les femmes sont partout. Dans le
peuple elles ont toujours travaillé, et les conditions de vie
sont rudes pour tous ; l'iconographie nous suggère des femmes
peinant au labeur des champs et omniprésentes dans les villes,
jouant un rôle phare dans le commerce et la sociabilité. Dans
les cercles privilégiés elles jouent un rôle culturel indéniable,
que l'on songe à Margueritte de Navarre ou à Madame de Sévigné...
A partir du XVIIème siècle, certaines trônent au milieu des
salons particuliers qui fleurissent à partir du XVIIème siècle.
Ils deviendront la caisse de résonnasse de la grande mixité
intellectuelle du XVIII ème siècle. Mais derrière ce décor feutré
persiste l'image de la femme savante comme épouvantail. La question
restée en sourdine depuis des siècles, à savoir "les femmes
sont-elles inférieures aux hommes par nature ou par éducation
?" sera replacée au coeur du débat public par les philosophes
des Lumières. Mais les " tricoteuses de la Révolution ", qui
ont voulu compenser leur exclusion du corps politique en hantant
les tribunes des Assemblées, relayées plus tard par les "pétroleuses"
de la Commune laissent de mauvais souvenirs... Au final, après
la Révolution, les femmes sont encore plus exclues du pouvoir
que sous l'Ancien régime. Le Code Civil de Napoléon Bonaparte
en fera des mineures à vie, passant de la tutelle du père à
la tutelle du mari. Le XIXème , à défaut de les faire entrer
dans l'arène politique, sera celui d'une lutte pour la conquête
du savoir. Toutefois des femmes comme Germaine de Staël ou George
Sand font figure d'exception. La IIIème République commence
à leur conférer le droit à l'instruction mais même les républicains
rechignent toujours à leur accorder les droits politiques, voyant
en elles le cheval de Troie de l'Eglise et du conservatisme
social.
Pendant la Première Guerre Mondiale, les "munitionnettes" paraissent
vaillantes sur les affiches, mais les salaires sont bas et elles
sont considérées comme les remplaçantes des hommes partis au
combat. Si cette période est souvent considérée comme une étape
décisive pour les femmes, sorties de leurs foyers pour remplacer
les hommes dans les usines, les champs ou les services, en réalité,
depuis le début du siècle, leur taux d'activité représentait
déjà plus de 35%. C'est davantage la période 1900/1914 qui doit
être considérée comme l'âge d'or du féminisme, dans l'Europe
entière des femmes écrivent, revendiquent, conquièrent de nouvelles
professions...
Succédant à la "Révolution nationale" du régime de Vichy qui
a imposé l'image de la femme cantonnée au rôle de mère de famille,
l'après-guerre Seconde Guerre Mondiale marque une rupture d'autant
plus frappante : les femmes votent pour la première fois en
1945, le principe d'égalité entre l'homme et la femme est inscrit
dans la Constitution de 1946. La voie de l'égalité juridique
entre les femmes et les hommes est désormais enclenchée...