Le
Quartier Intermédiaire Sortant de Fresnes, structure
consacrée aux femmes détenues
Par JANE GEITNER, Avocate et Sociologue
Les femmes sont sous-représentées dans la population carcérale.
Au XIX ème siècle, elles représentaient plus de 20% de cette
population, aujourd'hui elles ne sont plus que 3 ou 4% selon
les années, car il y a eu une dépénalisation de certaines infractions
comme l'avortement ou les chèques sans provisions. La loi a
prévu dans les années 1980 de créer des UPS (Unités de Préparation
à la Sortie), conformément au Code Pénal qui inscrit comme principe
fondamental et général, pour tous les détenus, hommes et femmes,
l'individualisation de la peine et la préparation à la sortie.
Pourtant il existe seulement une dizaine de ces unités en France.
Le QIS de Fresnes est le seul dispositif consacré aux femmes.
Largement subventionné par la Mission Interministérielle de
lutte contre la toxicomanie (MILDT), il accueille en priorité
les détenues toxicomanes.
Le QIS a été créé en 1995 à l'initiative de la psychologue Claude
Joeuven.
Lors d'un des QIS, les 8 femmes avaient de 19 à 36 ans. La moyenne
d'âge des femmes lors de leur passage au QIS est de 29 ans.
Toutes venaient de milieux sociaux défavorisés et aucune n'avait
poursuivi ses études au-delà du collège. Elles avaient toutes
une situation sociale très dégradée, aucune n'avait de travail
avant leur incarcération et toutes vivaient en foyer ou en centre
d'hébergement ou de réinsertion (CHRS). Elles ont été incarcérées
pour des peines généralement proches de 1 an de prison, souvent
pour des infractions liées aux stupéfiants.
Sur les 8 détenues interrogées, 6 étaient des toxicomanes avérées,
3 des femmes avaient des enfants mineurs tous placés, 5 connaissaient
ou avaient connu un épisode de prostitution, toutes sauf une
ont connu des violences familiales. Au moins 4 d'entre elles
avait subi un viol avant la majorité par leur père ou un frère
aîné. Sur ces 8 femmes, 6 m'ont dit avoir un proche incarcéré.
2 étaient séropositives et une avait l'hépatite C. Il s'agit
donc de profils très lourds. Pendant 4 semaines, l'équipe du
QIS met en place de nombreux ateliers pour préparer la sortie
(rencontre ANPE, hébergement, santé, alcoologie), se réapproprier
leur corps (théâtre, socio-esthétique, yoga), et connaître leurs
droits (sécurité sociale). Le QIS est certes décrié car il coûte
cher mais lorsque on a affaire à une population aussi désocialisée,
il faut des moyens et un travail individuel.
Tous les détenus voudraient, et devraient selon la loi, faire
le QIS. Si je n'ai pas pu mesurer l'efficacité du QIS sur le
long terme, on constate vraiment les bénéfices du QIS sur le
court terme : de personnes complètement repliées sur elles-mêmes,
incapables de dire bonjour, elle reprennent peu à peu confiance
en elles. J'ai moi-même été bluffée par les résultats de ce
travail. Un mot aux pouvoirs publics ? Il faudrait davantage
financer ce type de recherches, car les études sur les femmes
en milieu carcéral sont très rares en France, surtout au regard
de ce qui s'est fait aux Etats-Unis ou au Canada. Jane Geitner,
avocate et sociologue, a effectué une recherche sur le Quartier
Intermédiaire Sortant (QIS) de la maison d'arrêt des femmes
de Fresnes.