Education
: mixité ne signifie pas égalité
Rendue obligatoire dans les établissements publics depuis la
loi Haby de 1975, la mixité filles garçons en milieu scolaire
a permis aux jeunes filles de faire montre de leurs brillants
résultats. Mais elle a aussi rendue patente une autre forme
d'inégalité, le "paradoxe des filles", à savoir : si elles réussissent
mieux à l'école que les garçons, elles se dirigent vers des
filières moins porteuses professionnellement.
La mixité scolaire : un succès incontestable…
Les filles brillent maintenant par leurs résultats. Elles "l'emportent
sur les garçons aux quatre étages de l'édifice scolaire", expliquent
Christian Baudelot et Roger Establet, dans Allez
les filles ! (1992). Les chiffres parlent d'eux-mêmes :
au primaire, les filles tirent mieux leur épingle du jeu scolaire
; au collège, elles se font moins orienter vers les sections
courtes ; au lycée, elles ont de meilleurs résultats au bac
(elles représentent 57% des bacheliers).
De l'égalité à la ségrégation spontanée…
Cependant, l'orientation des filles, minoritaires dans la série
de baccalauréats la plus valorisée, limite les choix d'études
et de carrière. Ainsi, l'effectif des classes terminales scientifiques
était masculin à 58,1% en 1997-1998. Dans les lycées technologiques,
les filières les moins mixtes sont : les STI (sciences et technologies
industrielles), ne comptant que 5,3% de filles et les SMS (sciences
médico-sociales) où cette situation s'inverse : 94,9% de filles
en 1997-1998.
Cette orientation différenciée se traduit notamment par un déficit
des jeunes femmes dans les Classes préparatoires aux grandes
écoles (CPGE) scientifiques, où 74,4% des élèves étaient masculins
en 1998, puis dans certaines grandes écoles comme l'Ecole Polytechnique
qui ne comptait que 16,23% de femmes en 1998- 1999. A l'université,
les femmes représentent plus des trois quarts des inscrits en
langues, lettres et arts. Elles sont par contre minoritaires
dans les IUT, en sciences des structures et des matières (38,1%),
sciences de l'ingénieur (21,7%). Symboles de la compétition
scolaires, les sciences attirent davantage les garçons. "Les
filles, explique Marie Duru-Bellat, ont tendance
à sous-estimer leurs compétences dans ces domaines traditionnellement
connotés comme masculins quand elles sont en présence de garçons".
(L'école des filles. Quelle formation pour quel rôles sociaux
? 1990). D'où leur orientation massive -volontaire ou subie
- vers les filières littéraires, leur faible représentation
dans les plus prestigieuses, et, sur le terrain, leur présence
à 70% dans les 30% de professions dites féminines (soins, éducation,
services).
L'enseignement supérieur : le "plafond de verre"
Aujourd'hui plus nombreuses à l'université (56% des effectifs
en 1998 en France), les jeunes femmes réussissent mieux leur
premier cycle universitaire que leurs homologues masculins et
sont plus nombreuses en deuxième cycle. Cependant, cette tendance
s'inverse en troisième cycle puisqu'elles ne représentent que
40% des effectifs en doctorat. Plus largement, de nombreux travaux
ont montré que les filles étaient victimes en milieu scolaire
d'une culture de la soumission qui les freine dès lors que pour
réussir il faut entrer dans une logique de compétition. Marie
Duru-Bellat affirme ainsi qu'"une certaine image de la
féminité amène les filles à renoncer à briller pour ne pas rentrer
en compétition avec les garçons" (L'école des filles.
Quelle formation, pour quels rôles sociaux ? 1990).
Les répercussions économiques et sociales de cet état de faits
sont peu favorables aux femmes (concentration dans un nombre
limité de métiers, présence faible dans les filières qui offrent
des débouchés telles que l'électronique et l'informatique),
de surcroît dans une situation où le chômage les touche plus
durement que les hommes.
Pourtant, lieux privilégiés de transmission de compétences et
de savoirs, l'école et l'université peuvent contribuer à défaire
ces stéréotypes et promouvoir l'égalité des chances. Conscient
du problème et soucieux "d'élargir les choix professionnels
des femmes", les pouvoirs publics ont pris de nombreuses
mesures, dont la plus marquante dernièrement est la Convention
pour la promotion de l'égalité des chances entre les filles
et les garçons, les femmes et les hommes dans le système éducatif,
signée en 2000.
Source: Ministère de l'Éducation Nationale, de l'Enseignement
Supérieur et de la Recherche.