Pôles
de compétitivité, des synergies gagnantes ?
Délocalisations, désindustrialisation, compétitivité industrielle
et attractivité du territoire sont au cœur du débat public.
Le gouvernement français a décidé d'initier une nouvelle politique
industrielle fondée sur le dynamisme des territoires.
Véhicule du futur, cosmétotextile, nanotechnologies ou encore
agronutrition sont-t-ils les secteurs d'avenir de l'industrie
française ? "La France a besoin d'une industrie forte et
moderne" a déclaré Dominique de Villepin dans son
discours de politique générale, le 8 juin dernier avant d'insister
sur la mise en place début juillet "des pôles de compétitivité"
lors d'un Comité interministériel d'aménagement du territoire
(CIADT). Après la clôture de l'appel à projets, le 28 février
dernier, les 105 dossiers candidats au label "pôles de compétitivité"
ont fait l'objet d'une triple évaluation. Les préfets de région,
un groupe technique interministériel puis un groupe de personnalités
qualifiées, mis en place le 16 mai par le Premier ministre,
ont pris le soin d'examiner chaque dossier. Ce dernier groupe*,
présidé par Anne Duthilleul-Chopinet, présidente de l'Erap
et composé de 30 industriels, financiers et scientifiques de
renom a dû rendre ses avis le 30 juin. La mise en place du label
"pôle de compétitivité" s'inscrit dans la continuité
d'une réflexion conduite à l'initiative du gouvernement depuis
le CIADT de décembre 2002, relayée par le Parlement, et alimentée
par de nombreux rapports dont celui de la Délégation à l'aménagement
du territoire (Datar) intitulé "La France, puissance industrielle".
Depuis des mois, l'industrie française est l'objet de toutes
les sollicitudes : Rapport Beffa "Pour une nouvelle politique
industrielle", remis au Président de la République en janvier
dernier, rapport Camdessus "Le sursaut vers une nouvelle
croissance pour la France", remis au ministre de l'Economie
et des Finances en octobre 2004 et rapport Blanc, "Pour un
écosystème de la croissance", remis en mai 2004 au Premier
ministre. Autant de diagnostics et de propositions qui font
de l'innovation le moteur du renouveau pour redynamiser l'économie
française. Si la France compte autant de grands groupes industriels
et de créateurs d'entreprises que ses voisins occidentaux, ses
PME, elles, peinent à se développer. En guise d'explications,
la faiblesse du capital-risque, les effets de seuil, la réticence
des banques et peut-être certains blocages culturels. Ce modèle
de développement économique reposant sur la mise en réseau des
entreprises, des centres de formation et des collectivités,
autrement appelé "cluster" a fait la preuve de sa réussite aux
Etats-Unis, en Italie ou au Danemark mais piétine en France
selon les conclusions de ces rapports. Aussi, le lancement de
pôles de compétitivité est-il un instrument de formalisation,
d'approfondissement et d'accélération des synergies existantes.
L'engagement de partenariat, pouvant impliquer entreprises,
organismes de recherche et de formation et établissements financiers,
est nourri par un projet territorial que la puissance publique
entend accompagner. A la clé du label "pôle de compétitivité",
une enveloppe de 750 millions d'euros répartie sur trois ans
et dont la moitié est apportée par l'Etat, à travers des exonérations
d'impôt sur les sociétés, de taxe professionnelle, foncière
ou de cotisations sociales. L'Agence nationale de la recherche,
créée au début de l'année et dotée de 350 millions d'euros se
joindra aux établissements financiers publics pour apporter
son aide aux futurs pôles. Lors du conseil des ministres du
18 mai dernier les ministres Thierry Breton, ministre
de l'Economie et Gilles de Robien, alors ministre de
l'Aménagement du territoire avaient indiqué que les projets
labellisés "pourront répondre aux propositions de financement
de l'Agence nationale de la recherche". Cette source de
crédits s'ajoute donc à celles déjà annoncées auparavant: la
Caisse des Dépôts, Oseo (issu du rapprochement de l'Anvar et
de la BDPME) et la future Agence de l'innovation industrielle
dont le budget a été doublé le mois dernier pour passer de 500
millions d'euros à 1 milliard.
"Les pôles de compétitivité ne sont qu'un des outils dans
la batterie des dispositifs pour le développement économique
et la création d'emplois, à laquelle le Président de la République
vient d'ajouter la création de l'Agence de l'innovation industrielle
et la mise en oeuvre de grands programmes industriels" déclarait
Pierre Mirabaud, Délégué à l'aménagement du territoire
et à l'action régionale, le 12 janvier dernier lors du colloque
"Pôles de compétitivité : gagner la bataille économique grâce
aux territoires".
Un outil qui a suscité un très vif intérêt dans tout le territoire.
Toutes les régions ont répondu présentes à l'appel à projets
et nombre d'entre elles ont présenté plusieurs projets : 15
en Poitou-Charentes, 19 en Rhône-Alpes, contre 3 en Ile de France.
Ces 105 dossiers ont fait ressortir autant les spécialisations
affirmées de l'industrie française (automobile, aéronautique
et agro-alimentaire par exemple) que des thématiques émergentes.
Signe de cet esprit de coopération, près d'un quart des candidatures
est interrégional.
Cependant nombre de candidatures fondées sur une coopération
industrie-recherche-formation ne présentent pas de réelle dimension
internationale, indispensable à la labellisation pôles de compétitivité.
C'est pourquoi, le gouvernement a décidé lors du conseil des
ministres du 18 mai 2005 de mettre en place un autre label,
celui de "pôle d'excellence". Les modalités d'accompagnement
de ces "pôles d'excellence" seront annoncées également
lors du CIADT du mois de juillet.