Pôles
de compétitivité : catalyseurs d'énergie
et de dialogue entre chercheurs, industriels et régions
Par Michel Pezzulo, Consultant en développement de
pôles
"Si notre projet de pôle n'est pas sélectionné au prochain
CIADT, nous lancerons tout de même le pôle car nous tenons à
poursuivre la dynamique de collaboration engagée au travers
de groupes de travail multiculturels", voilà ce qu'ont avoué
des participants à la formation sur les pôles que j'ai récemment
assurée au CNER (Conseil national des économies régionales).
Avec celui de "projets collaboratifs", un des vocables les plus
courants à propos d'un pôle est celui de "capital social". Composé
de la densité et la qualité des relations personnelles établies
entre ses divers acteurs. Un pôle transforme ce capital en énergie
(la motivation des acteurs...) qui alimente l'innovation et
la démarche entrepreneuriale.
Le pôle va au-delà d'un simple réseau et relie autour d'un thème
clair, fort et porteur d'avenir, trois univers disparates qui
ont souvent du mal à communiquer, et à fortiori à travailler
ensemble: les chercheurs, les industriels et les régions (institutions
publiques territoriales). La synergie des trois est indispensable
à la réussite du pôle. Chercheurs et industriels se retrouvent
au sein d'un pôle pour d'abord définir une vision collective,
sans laquelle le pôle se disperserait, et qui emporte l'adhésion
des membres pour l'exécution et le financement des actions décidées
conjointement. A la différence de relations bilatérales du type
contrat de recherche, ils travaillent ensemble sur des projets
s'inscrivant dans un cadre plus vaste faisant appel à d'autres
acteurs, avec la caution des régions.
La proximité géographique et le nécessaire travail en commun
incitent davantage l'univers des chercheurs et celui des industriels
à se rencontrer. Ils exploitent ensemble la puissance accrue
de moyens mutualisés, et pour lesquels la participation des
régions offre l'effet de levier requis. Quant au dialogue entre
les acteurs privés et les régions, voici ce qu'en disait récemment
un responsable de la région Catalogne: "La démarche de pôles
nous a permis de nous éloigner d'une logique de demandes de
réductions fiscales et de subventions, en responsabilisant les
entreprises avec un état d'esprit d'investissements et de suivi
conjoints, un raisonnement industriel, et sur une longue période".
Un responsable d'une agence publique chargée du développement
économique de la Catalogne se félicitent de ce système: "le
pôle nous apporte des rencontres multiples avec une même entreprise,
qui ne nous considère plus comme un simple guichet d'information.
Sa meilleure connaissance nous autorise des aides de meilleure
qualité". Dans la mesure où la raison d'être d'un pôle est
constituée d'actions souhaitables mais que le marché ne peut
réaliser de lui-même, l'intervention publique est dans ce cas
un indispensable catalyseur. La région doit, elle, rester dans
un rôle de facilitateur, et sa part du financement du pôle doit
progressivement se réduire à mesure que le secteur privé s'approprie
le pôle - ainsi l'ONU se fixe comme objectif 80% de financement
privé au bout de 5 ans dans son aide au développement en Inde,
fondée sur les pôles.
A travers cette collaboration tripartite, un pôle galvanise
les régions économiquement modestes ou affaiblies, et associe
étroitement tous ses acteurs à la promotion régionale - comme
le prouvent des pôles de pisciculture en Nouvelle Zélande, de
mobilier au Nevada, de la chaussure au Brésil, d'oenologie au
Canada…
Visite du Pôle Robotique de Genes
Le 2 mai dernier, Gilles de Robien et Frédéric de
Saint-Sernin, alors respectivement ministre de l'Equipement,
des Transports et de l'Aménagement du territoire et secrétaire
d'Etat à l'aménagement du territoire, se sont rendus en compagnie
de 60 candidats au label de Pôle de compétitivité en voyage
d'études à la découverte du pôle robotique de Gênes. Parmi ces
participants, Bruno Gosselin représentait la candidature
du pôle de compétitivité Normanddeal, centrée sur la filière
"Transactions Électroniques Sécurisées". Comprendre "les
dynamiques d'excellence" qui ont fait naître en Italie, dès
les années soixante-dix, les premiers "district industriels"
et comprendre aussi la méthode qui, avec quelques années d'avance
sur la France, a permis à l'Italie de compter près de onze "districts
technologiques", telle était la mission de ce voyage.
Depuis 2002, le gouvernement italien,dans le cadre des missions
du ministère de l'Education, de l'Université et de la Recherche
(Miur), a décidé de lancer une politique en faveur de "districts
technologiques" fondés, comme les futurs pôles de compétitivité,
sur un rapprochement industrie-recherche-université. Parmi les
onze districts technologiques italiens, le plus récent est celui
des systèmes intelligents intégrés (SIIT), né d'un accord entre
le Miur et la région de Ligurie en septembre 2004. Les deux
partenaires ont chacun financé le projet à hauteur de 30 millions
d'euros. Les leçons à tirer du cas génois pourraient se traduire
par les choix suivants : mettre en place une structure d'animation
et une stratégie à moyen terme (3 à 5 ans), puis la signature
des accords de programme et des contrats de pôles pour relier
les acteurs, équilibrer les financements et assurer une veille
économique.