Les
nouvelles clefs de la croissance
Par Christian Blanc, Député des Yvelines
Le 2 décembre dernier plus de 500 personnes appartenant aux
milieux de la recherche, de l'Université et de l'entreprise
se sont réunies à l'Institut Pasteur à Paris pour un colloque
intitulé "les nouvelles clefs de la croissance". Dans la continuité
du rapport que j'ai remis au Premier Ministre au printemps 2004,
il s'agissait de réfléchir aux meilleures façons de mettre en
synergie les chercheurs, les universitaires et les entrepreneurs
et de comparer nos pratiques avec ce qui se fait de mieux à
l'étranger dans ce domaine.
En France, le meilleur exemple de coopération entre tous les
acteurs de l'innovation au service du développement économique
se trouve sans conteste à Grenoble. Le pôle MINATEC, issu d'un
partenariat entre le CEA et l'INPG, permet la création et la
sauvegarde de nombreux emplois. J'avais donc souhaité que les
acteurs grenoblois soient fortement représentés parmi les intervenants
pour qu'ils décrivent les mérites de leur expérimentation. Force
est de constater que ce choix était judicieux tant les réactions
du publics ont été unanimes : il y a bien un modèle grenoblois.
Ce modèle, c'est celui qu'ont adopté les pays ou les régions
qui parviennent à croître à un rythme de 3% par an. Ces pays
ou régions qui, malgré un coût du travail équivalent au notre,
améliorent leur compétitivité en organisant leur économie en
"clusters". C'est-à-dire en pôles qui réunissent sur un même
territoire entreprises, recherche, universités et investisseurs
autour de quelques filières ou technologies, dans des domaines
très variés : télécoms, bois, mécanique, biotechnologies...
Ces clusters croissent plus vite que les entreprises isolées
et résistent mieux aux délocalisations grâce aux interactions
qui se créent entre acteurs.
Mais l'économie de notre pays reste figée dans une organisation
qui date des trente Glorieuses et qui n'est plus en phase avec
les défis d'aujourd'hui, encore moins avec ceux de demain. Comment
rester dans la course à l'innovation avec une organisation engoncée
dans des systèmes nationaux, hiérarchisés et verticaux ? Il
est urgent d'agir !
Agir, cela signifie bien sûr, réformer. Je propose de créer
"un écosystème de la croissance" en conduisant trois
changements. Transformer les organismes de recherche nationaux
en agences de moyens. Réhabiliter les universités et les rendre
autonomes. Confier les compétences micro-économiques de l'Etat
aux régions.
Mais agir cela signifie aussi, pour les acteurs, sur le terrain,
se mettre en réseau le plus vite possible. Créer des clusters
sans attendre une manne de l'Etat, qui risque de se perdre dans
les méandres administratifs avant de venir fertiliser les territoires.
Les participants au colloque du 2 décembre ont constaté que
des régions aussi diverses que la Catalogne, Le Danemark ou
la Californie avaient adopté une organisation en clusters avec
le même succès. Le développement de clusters pour redynamiser
notre économie n'est donc ni un problème politique, ni un problème
culturel, c'est simplement une urgence.
Rapport Camdessus
Le 19 octobre 2004, Michel Camdessus, gouverneur honoraire
de la Banque de France a remis à Nicolas Sarkozy, ministre
de l'Economie et des Finances un rapport, "le sursaut vers
une nouvelle croissance de la France". S'appuyant sur trois
sources de croissance (investissement, progrès technique et
emploi) ainsi que sur des expériences étrangères fructueuses,
ce rapport définit "un nouveau modèle de croissance".
Ses priorités sont d'aller "vers une économie de la connaissance"
(favoriser la formation et l'innovation), dynamiser le marché
des biens et services pour relancer l'emploi et la compétitivité
et enfin "agiliser" l'Etat par la maîtrise de la dépense publique
ou encore l'aménagement du système fiscal.
Rapport Beffa
Le 17 janvier 2005, Jean Louis Beffa, PDG de Saint-Gobain
a rendu au Président de la République un rapport "pour une
nouvelle politique industrielle". La France n'est pas assez
spécialisée dans les industries de haute technologie, constate
ce rapport. Les industries de haute technologie représentent
1,8 % de l'emploi total en France, contre 2,6 % au Japon, 2,8
% en Corée et 4,2 % en Irlande. Le PDG de Saint Gobain propose
donc de s'inspirer des modèles japonais et américain avec la
création de programmes mobilisateurs pour l'innovation industrielle
financés à parité par le public et le privé. Diverses pistes
sont évoquées pour ces programmes mobilisateurs : la pile à
combustible et la filière hydrogène, le nucléaire de 4ème génération,
ou encore, la voiture propre et économe et les biocarburants.
Rapport de la Datar La France puissance industrielle
La DATAR a publié fin 2004 une étude sur la puissance industrielle
de la France proposant plusieurs pistes pour une nouvelle politique
industrielle par les territoires. Selon cette analyse la France
connaît des mutations industrielles, mais elle n'est pas sur
la voie d'une désindustrialisation. La part de l'industrie dans
le PIB reste la même depuis une vingtaine d'années. Ce rapport
propose huit principes d'actions pour une politique des pôles
de compétitivité : mettre en valeur des pôles, encourager les
collaborations horizontales et les mutualisations de ressources,
faire participer les ressources humaines au développement collectif,
stimuler la coopération en matière d'innovation, répondre aux
besoins en capital des entreprises, accompagner les pôles avec
des infrastructures de transport, promouvoir une politique de
réseau au niveau européen et conduire le projet en partenariat
étroit entre les acteurs publics et privés.